‹ Fables (volume 4)Chapitre 67 sur 149 · LE MARI , I<A FEMME , ET LE VOLEUR · texte numérisé non relu

LE MARI , I<A FEMME , ET LE VOLEUR

Un mari fort amoureux,

Fort amoureux de sa femme , Bien qu'il fût jouissant, se croyoit malheureux.

Jamais œillade de la dame ,

Propos flatteur et gracieux ,

Mot d'amitié , ni doux sourire ,

Déifiant le pauvre sire, jN'avoient fait soupçonner qu'il fût vraiment chéri.

Je le crois; c'étoit un mari.

Il ne tint point à l'hyménée

Que , content de sa destinée ,

Il n'en remerciât les dieux.

Mais quoi , si l'amour n'assaisonne

Les plaisirs que l'hymen nous donne,

Je ne vois pas qu'on en soit mieux, ^iotre épouse étant donc de la sorte hâûe , Et n'ayant caressé son mari de sa vie , Il en faisoit sa plainte une miit. Un voleur

Interrompit la doléance.

La pauvre femme eut si grand'peur

Qu'elle chercha quelque assurance

1 32 ïxni li s.

Entre les l)ras de son époux.

Ami voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux Me seroit inconnu! Prends donc en récompense Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance ; Prends le logis aussi. Les voleurs ne sont pas

Gens honteux, ni fort délicats :

Celui-ci fit sa niain.

J'infère de ce conte

Que la plus forte jiassion C'est la peur; elle fait vaincre l'aversion. Et l'amour quelquefois : quelquefois il la dompte ' ;

J'en ai pour preuve cet amant Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame ,

L'emportant à travers la flamme.

J'aime assez cet emportement ; Le conte m'en a plu toujours infiniment:

Il est bien d'une ame espagnole ,

Et plus grande encore que folle ^.

» C'est-à-dire, quelquefois c'est l'amour qui dompte la peur.

2 La Fontaine fait ici allusion à l'aventure du comte de Viila-Medina avec Elisabeth de France, fille de Henri IV, et femme de Philippe IV, roi d'Espag^ne. Pour attirer Elisabeth chez lui, le comte ds Villa-Medina imagina de donner à toute la cour un spectacle à machines, qu'il fit monter à grands frais. Pendant la représentation, il fit mettre le feu à son propre palais; puis, profitant du désordre et de la frayeur causes par les flammes qui s'c-

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