‹ Fables (volume 4)Chapitre 70 sur 149 · LE SINGE ET LE CHAT · texte numérisé non relu

LE SINGE ET LE CHAT

Bertrand avec Raton, l'un sin(]e et l'autre chat,

Commensaux d'un logis, avoient un commun maître.

D'animaux malfaisants c'étoit un très-bon plat:

Ils n'y craignoient tous deux aucun, quel qu'il pût être.

Trouvoit-on quelque chose au logis de gâté ,

L'on ne s'en prenoit point aux gens du voisiîiage ;

Bertrand déroboit tout; Raton, de son côté,

Etoit moins attentif aux souris qu'au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons

Regardoicnt rôtir des marrons.

L; s escroquer étoit une très-bonne affaire: Nos galants y voyoient doid^le profit à faire:

13G FABLKS.

Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.

Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd'hui

Que tu fasses un coup de maître ; Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avoit fait naître

Propre à tirer marrons du feu,

Certes, marrons verroient beau jeu.

Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte,

D'une manière délicate , Écarte un peu la cendre , et retire les doigts ;

Puis les reporte à plusieurs fois ; Tire un marron, puis deux, et puis (rois en escroque;

Et cependant Bertrand les croque.

Une servante vient : adieu mes gens. Raton

N'étoit pas content, ce dit-on.

Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes Qui , flattés d'un pareil emploi , Vont s'échauder en des provinces Pour le profit de quelque roi.

FABLE XVIII

Page 1