‹ Fables (volume 4)Chapitre 9 sur 149 · LE HÉRON · texte numérisé non relu

LE HÉRON

Un jour , sur ses longs pieds , alloit je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou :

Il côtoyoit uue rivière.

L'onde étoit transparente ainsi qu'aux plus beauxjours;

Ma commère la carpe y faisoit mille tours

Avec le brochet son compère.

Le héron en eut fait aisément son profit : Tous approchoieut du bord; l'oiseau n'avoit qu'à prendre.

Mais il crut mieux faire d'attendre

Qu'il eût un peu plus d'appétit :

Il vivoit de régime , et mangeoit à ses heures. Après quelques moments l'appétit viut : l'oiseau,

S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortoient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas ; il s'attendoit à mieux ,

Et montroit un goût dédaigneux ,

Comme le rat du bon Horace.

Moi, des tanches! dit-il; moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on? La tanche rebutée, il trouva du goujon. Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un héron ! J'ouvrirois pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise ! Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit ; il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants, ce sont les plus habiles. On hasarde de perdre en voulant trop gagner.

Gardez-vous de rien dédaigner , Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

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