LE FERMIER, LE CHIEN, ET LE RENARD
Le loup et le renard sont d'étran(jes voisins : Je ne bâtirai point autour de leur demeure.
Ce dernier guettoit à toute heure Les poules d'un fermier; et, quoique des plus fins, Il n'avoit pu donner d'atteinte à la volaille.
D*une part Tappélit, de l'autre le dan^jer,
^"éloieut pas au compère un embarras léger.
Hé quoi ! dit-il, celte cauaille
Se moque impunément de moi !
Je vais, je viens, je me travaille.
J'imagine cent tours; le rustre, en paix chez soi. Vous fait argent de tout, convertit en monnoie Ses chapons, sa poulaille ^ ; il en a même au croc; Et moi, maître passé, quand j'attrape un vieux coq,
Je suis au comble de la joie !
Pourquoi sire Jupin m'a-t-il donc appelé Au métier de renard? Je jure les puissances De l'Olympe et du Styx, il en sera parlé.
Roulant en son cœur ces vengeances, Il choisit une nuit libérale en pavots : Chacun étoit plongé dans un profond repos ; Le maître du logis, les valets, le chien même. Poules, poulets, chapons, tout dormoit. Le fermier,
Laissant ouvert son poulailler,
Commit une sottise extrême.
Le voleur tourne tant qu'il entre au lieu guetté, Le dépeuple, remplit de meurtres la cité.
Les marques de sa cruauté
' On dit un poulaillrr pour désigner celui qui fait métier de vendre de la volaille j mais je ne connois pas d'autorité plus ancienne que La Fontaine, relativement à l'emploi du mot poiilaîlle . J. B, Rousseau s'en est servi d'après lui. (W.)