LIVRE XI
Parurent avec Taube : on vit un étala(>e
De corps sanglants et de carnage.
Peu s'en fallut que le soleil Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide.
Tel, et d'un spectacle pareil, Apollon irrité contre le fier Atride * Joncha son camp de morts ; on vit presque détruit L'ost^ des Grecs; et ce fut l'ouvrage d'une nuit.
Tel encore autour de sa tente
Ajax, à l'ame impatiente, De moutons et de boucs fit un vaste débris, Croyant tuer en eux son concurrent Ulysse
Et les auteurs de l'injustice
Par qui l'autre eniporta le prix.
Le renard, autre Ajax^ aux volailles funeste,
' Agamemnon, l'aîné des Atrides ou des petits-fils d'Atrée, ayant enlevé Briséis à Chrysès son père, pontife d'Apollon, le dieu, pour venger l'outrage fait à son ministre, envoya dans le camp des Grecs la peste et la mort. (Jliad., I.) (W.)
2 L'armée. Vieux mot. Ost pour armée est encore en usage en provençal et en languedocien. Voltaire s'est servi de ce mot dans ce vers :
L'oj; des ADglois de nuit ils traversèrent.
3 Ajax, après avoir disputé les armes d'Achille sans pouvoir les obtenir, se jeta, dans un accès de rage, sur un troupeau, qu'il massacra, croyant y voir les Grecs qui avoient prononcé contre lui. (W. )
Emporte en qu'il peut, laisse étendu le reste. Le maître ne trouva de recours qu'à crier Contre ses {^ens, son chien : c'est l'ordinaire usa{;e. Ah! maudit animal, qui n'es bon qu'à noyer. Que n'avertissois-tu dès l'abord du carnajîe ! — Que ne l'évitiez-vous? c'eut été plus tôt fait : Si vous, maître et fermier, à qui touche le fait, Dormez sans avoir soin que la porte soit close, Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose, Sans aucun intérêt je perde le repos?
Ce chien parloit très à propos :
Son raisonnement pouvoit être Fort bon dans la bouche d'un maître :
Mais, n'étant que d'un simple chien, On trouva qu'il ne valoit rien :
On vous sangla le pauvre drille.
Toi donc, qui que tu sois, ô père de famille ( Et je ne t'ai jamais envié cet honneur) , l'attendre aux yeux d'autrui quand tu dors, c'est erreur. Couche-toi le dernier, et vois fermer ta porte.
Que si quelque afl^ire t'importe,
PSe la fais point par procureur.
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FABLE IV
LE SONGE d'un HABITANT DUxMOGOL.
Jadis certain Mogol vit en songe uu vizir Aux clianips élysiens possesseur d'un plaisir Aussi pur qu infini, tant en prix, (pi'en durée: i.e même songeur vit eu une autre contrée
Un ermite entouré de feux, Qui touchoit de pitié même les niallieureux. Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire: Minos en ces deux morts sembloit s'être mépris. Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris. Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère.
Il se fit expliquer l'affaire, l/interprète lui dit : Ne vous étonnez point;
Votre songe a du sens; et, si j'ai sur ce point Ac(pus tant soit peu d'habitude,
C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour,
Ce vizir quelquefois clierchoit la solitude;
Cet ern)ite aux vizirs alloil faire sa cour.
Sij'osois ajouter au mot de l'interprète,
J'inspirerois ici l'amour de la retraite :
Elle offre à ses amants des biens sans embarras.
Biens purs, présents du ciel, qui naissentsous les pas. Solitude, où je trouve une douceur secrète, Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ! Oh ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ! Quand pourront les neuf sœurs, loin des cours et des villes M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieax Les divers mouvements inconnus à nos yeux. Les noms et les vertus de ces clartés errantes Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes ! Que si je ne suis né pour de si grands projets. Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets ! Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie! La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie. Je ne dormiroi point sous de riches lambris: Mais voit-on que le somme en perde de son prix? Enest-ilmoinsprofond, etmoius plein de délices? Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices. Quand le moment viendra d'aller trouver les morts , J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.