‹ Fables (volume 5)Chapitre 16 sur 73 · POUR M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

POUR M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD

UN homme qui s'aimait sans avoir de rivaux» Passait dans son esprit pour le plus beau du monde : Il accusait toujours les miroirs d'être faux. Vivant plus que content dans son erreur profonde. Afin de le guérir, le sort officieux

Présentait partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames : Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands.

Miroirs aux poches des galants.

Miroirs aux ceintures des femmes.

Que fait notre Narcisse»? Il se va confiner Aux lieux les plus Cachés qu'il peut s'imaginer. N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure. Mais un canal, formé par une source pure.

Se trouve en ces lieux écartés :

Il s'y voit, il se fâche ; et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine.

Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau ;

Mais quoi ? le canal est si beau

Qu'il ne le quitte qu'avec peine.

On voit bien où je veux venir.

Je parle à tous ; et cette ardeur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir.

(. François, duc de La Rochefoucauld, né en 1613, mort en 16&0, auteur du 'ivr.^ d'-ï Maximes, qui venait d'être publié en 1665. — 2. C'est-à-dire que personne n'aimait à cause de sa grande laideur. — 3. Epris de sa propre image, qu'il vit réflé<±ie dans une aouroe, Narcisse en devint si amoureux qu'il dépérit et mourut enfin de lan(u«ur.

FABLE XII — Gl

Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-mùmc ; Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui. Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ; Et quant au canal, c'est celui Que chacun sait, le livre des Maximes.

XII — Le Dragon à plusieurs têies et le Dragon à plusieurs queues.

UN envoyé du Grand Seigneur' Préférait, dit l'histoire, un jour chez l'empereur*. Les forces de son maître à celles de l'empire.

Un Allemand se mit à dire :

Notre prince a des dépendants

Qui, de leur chef*, sont si puissants Que chacun d'eux pourrait soudoyer* une armée.

Le chiaoux', homme de sens,

Lui dit : Je sais par renommée Ce que chaque électeur* peut de monde fournir ;

Et cela me fait souvenir D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie. J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer Les cent têtes d'une hydre au travers d'une haie.

Mon sang commence à se glacer ;

Et je crois qu'à moins on s'effraie.

Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal :'

Jamais le corps de l'animal Ne put venir vers moi ni trouver d'ouverture.

Je rêvais à cette aventure Quand un autre dragon, qui n'avait qu'un seul chef'. Et bien plus d'une queue, à* passer se présente.

Me voilà saisi derechef

D'étonnement et d'épouvante.

Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi : Rien ne les empêcha, l'un fit chemin à l'autre.

Je soutiens qu'il en est ainsi

De votre empereur et du nôtre.

I. Le sultnn. — a. L'empereur d'Allemagne. — 3. Par eux-mêmes. — 4. Prendre à sa solde. — 5. L'ambassadeur du sultan.- — 6, Prince qui élisait les empereure d'Aile . magne : le nombre des électeurs varia de sept à neuf. — 7. Tête. — 8. 1.a préposition à marque ici le but et signifie four.

u2 — LIVRE PREMIER '

XIII — Les Voleurs et l'Ane,

POUR un âne enlevé deux voleurs se battaient : L'un voulait le garder, l'autre le voulait vendre.

Tandis que coups de poing trottaient.

Et que nos champions songeaient à se défendre.

Arrive un troisième larron

Qui saisit maître Aliboron^

L'âne, c'est quelquefois une pauvre province :

Les voleurs sont tel et tel prince.

Comme le Transylvain*, le Turc et le Hongrois, Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois : Il est assez de cette marchandise.

De» nul d'eux n'est souvent la province conquise : Un quart* voleur survient, qui les accorde net En se saisissant du baudet.

XIV — Simonide préservé par les Dieux.

ON ne peut trop louer trois sortes de personnes ;

Les dieux, sa maîtresse et son roi.

Malherbe» le disait : j'y souscris, quant à moi ;

Ce sont maximes toujours bonnes.

La louange chatouille et gagne les esprits : Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix. Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée.

Simonide* avait entrepris L'éloge d'un athlète ; et, la chose essayée, Il trouva son sujet plein de récits tout nus'. Les parents de l'athlète étaient gens inconnus ; Son père, un bon bourgeois ; lui, sans autre mérite :

Matière infertile et petite.

t. Sobriquet donné à l'&ne. — 3. La province de Transylvanie était voisine de la Hongrie et de la Turquie d'Europe, et eut avec ces dernières de fréquents démêlés. — 3. De : par. — 4. Quart : quatrième. — 5. Poète célèbre, réformateur de la poésie française (1555-1628). — 6. Poète lyrique grec, né dans l'île de Céos (556 av. J.-C). — 7. Dépourvus de tous les agréments, de tous les ornements du style.

FABLE XIV — h'â

Le poète d'abord parla de son héros.

Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire, Il se jette à côté, se met sur le propos De Castor et PoUux' ; ne manque pas d'écrire Çue leur exemple était aux lutteurs glorieux : Elève* leurs combats, spécifiant les lieux Où ces frères s'étaient signalés davantage :

Enfin l'éloge de ces dieux

Faisait les deux tiers de l'ouvrage.

L'athlète avait promis d'en payer un talent».

Mais, quand il le vit, le galant* N'en donna que le tiers et dit, fort franchement. Que Castor et PoUux acquittassent le reste. Faites-vous contenter par ce couple céleste.

Je vous veux traiter cependant :

Venez souper chez moi ; nous ferons bonne vie».

Les conviés sont gens choisis.

Mes parents, mes meilleurs amis ;

Soyez donc de la compagnie.

Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré' de sa louange.

Il vient : l'on festine, l'on mange.

Chacun étant en belle humeur.

Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte Deux hommes demandaient à le voir promptement.

Il sort de table ; et la cohorte'

N'en perd pas un seul coup de dent.

Ces deux hommes étaient les gémeaux* de l'éloge. Tous deux lui rendent grâce ; et, pour prix de ses vers.

Ils l'avertissent qu'il déloge. Et que cette maison va tomber à l'envers.

La prédiction en fut vraie.

Un pilier manque ; et le plafond.

Ne trouvant plus rien qui l'étaie.

Tombe sur le festin, brise plats et flacons.

N'en fait pas moins aux échansons.

Ce ne fut pas le pis : car, pour rendre complète

La vengeance due au poète.

I. Héros célèbres, fils jumeaux de Jupiter et de Léda. — 2. Exalte, glorifie. — 3. Monnaie grecque : ua talent valait 5.560 fr. 90 de notre monnaie. — 4. Homme souple et adroit. — 5. Bonne chère. — 6. Gré : gratitude. — 7 . La troupe des convives. — 8. Les frères jumeaux, Castor et Pollux.

o4 — LIVRE PREMIER

Une poutre cassa les jambes à l'athlète

Et renvoya les conviés

Pour la plupart estropiés.

La renommée eut soin de publier l'afîaire : Chacun cria miracle ! On doubla le salaire Que méritaient les vers d'un homme aimé des dieux.

Il n'était fils de bonne mère '

Qui, les payant à qui mieux mieux,

Pour ses ancêtres n'en fît faire.

Je reviens à mon texte =, et dis premièrement Qu'on ne saurait manquer» de louer largement Les dieux et leurs pareils ; de plus que Melpomène* Souvent, sans déroger, trafique de sa peine ; Enfin qu'on doit tenir notre art en quelque prix. Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce»;

Jadis l'Olympe* et le Parnasse

Étaient frères et bons amis.

XV — La Mort et le Malheureux.

UN malheureux appelait tous les jours La Mort à son secours.

O Mort ! lui disait-il, que tu me semblés belle ! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle ! La Mort crut, en venant, l'obliger en effet. Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. Que vois-je? cria-t-il : ôtez-moi cet objet !

Qu'il est hideux ! que sa rencontre

Me cause d'horreur et d'efîroi !

N'approche pas, ô Mort ! ô Mort, retire-toi I

Mécénas' fut un galant' homme ; Il a dit quelque part : Qu'on me rende impotent. Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme

z. Fils de bonne famille, disons-noos anjoard'huL — x. Sujet, pens^ ik développer. — j. Etre fautif, parce qu'on loue — 4. Une des neuf Muses. — 5. Quand ils nous font une grice. — 6. L'Olympe était le séjour des dieux. Pour La Fontaine les grands ^ont des dieux ou des demi-dieux. — 7. Ministre d'Auguste. — 8. Homme d« bonnes façons, bien élevé, bien peuMiut.

Je vive, c'est assez, je suis plus que content.

Ne viens jamais, ô Mort ! on t'en dit tout autant.

Ce sujet a été traité d'une autre façon par Esope, conune la fable suivante le fera voir. Je composai celle-ci pour une raison qui me contraignait de rendre la chose ainsi générale. Mais quelqu'un me fit connaître que j'eusse beaucoup mieux fait de suivre mon original, et que je laissais passer un des plus beaux traits qui fût dans Esope. Cela m'obligea d'y avoir recoiurs. Nous ne saurions aller plus avant que les anciens : ils ne nous ont laissé pour notre part que la gloire de les bien suivre. Je joins toutefois ma fable à celle d'Esope, non que la mienne le mérite, mais à cause du mot de Mécénas que j'y fais entrer, et qui cLt si beau et si à propos que je n'ai pas cru le devoir omettre.

XVI — La Mort et le Bûcheron,

UN pauvre bûcheron, tout couvert de ramée ^ Souii le faix* du fagot aussi bien que des ans Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine' enfumée, lin fin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur, 11 met bas son fagot, il songe à son malheur. Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde? En est-il un plus pauvre en la machine ronde*? Point de pain quelquefois, et jamais de repos : Sa femme, ses enfants, les soldats*, les impôts.

Le créancier et la corvée" Lui font d'un malheureux la peinture achevée. Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder.

Lui demande ce qu'il faut faire.

C'est, dit-il, afin de m'aider A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère '.

Le trépas vient tout guérir ;

Mais ne bougeons d'où nous sommes :

Plutôt souffrir que mourir.

C'est la devise des hommes.

I. Branches coupées qui ont encore leurs feuilles. — 2. Fardeau. — 3. Cabane recxjuverte de chaume. — 4. La terre. — 5. On doit les loger, quand ils sont de passage. — 6. Redevance due au seigneu» ou au roi. — 7. Cela ne te retardera guère.

b6 — LIVRE PREMIER

XVII — L'Homme entre deux âges et ses deux Maîtresses.

UN homme de moyen âge.

Et tirant sur le grison,

Jugea qu'il était saison

De songer au mariage.

Il avait du comptant*.

Et partant De quoi choisir ; toutes voulaient lui plaire : En quoi notre amoureux ne se pressait pas tant ;

Bien adresser* n'est pas petite affaire. Deux veuves sur son cœur eurent le plus de part : L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre,

Mais qui réparait par son art

Ce qu'avait détruit la nature.

Ces deux veuves, en badinant,

En riant, en lui faisant fête,

L'allaient quelquefois testonnant».

C'est-à-dire ajustant sa tête.

La vieille, à tous moments, de sa part* emportait

Un peu du poil noir qui restait.

Afin que son amant en fût plus à sa guise. La jeune saccageait les poils blancs à son tour. Toutes deux firent tant que notre tête grise Demeura sans cheveux et se douta du tour. Je vous rends, leur dit-il, mille grâces, les belles.

Qui m'avez si bien tondu :

J'ai plus gagné que perdu ;

Car d'hymen point de nouvelles».

Celle que je prendrais voudrait qu'à sa façon

Je vécusse, et non à la mienne.

Il n'est tête chauve qui tienne* :

Je vous suis obligé, belles, de la leçon.

I. De l'argent comptant. — 2. AirêSitr : viser. — 3. Tistonner : peigner, arranger Ips cheveux. — 4. Part : côté. — 5. On n'en parle plus. — 6. Quoique chauve, je veux rester garf an.

FABLE XLX - 537

XVIII — Le Renard et la Cigogne.

COMPÈRE» le renard se mit un jour en frais

Et retint à dîner commère la cigogne.

Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts :

Le galant*, pour toute besogne», Avait un brouet* clair ; il vivait chichement. Ce brouet fut par lui servi sur une assiette : La cigogne au long bec n'en put attraper miette ; Et le drôle eut lapé le tout en un moment.

Pour se venger de cette tromperie, A quelque temps de là la cigogne le prie. Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis

Je ne fais point cérémonie.

A l'heure dite, il courut au logis

De la cigogne son hôtesse ;

Loua très fort sa politesse ;

Trouva le dîner cuit à point ; Bon appétit surtout ; renards n'en manquent point. Il se réjouissait à l'odeur de la viande Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.

On servit, pour l'embarrasser.

En un vase à long col et d'étroite embouchure. Le bec de la cigogne y pouvait bien passer ; Mais le museau du sire était d'autre mesure. Il lui fallut à jeun retourner au logis. Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris. Serrant la queue et portant bas l'oreille.

Trompeurs, c'est pour vous que j'écris ; Attendez-vous à la pareille.

XIX — L'Enfant et le Maître d'école.

DANS ce récit je prétends faire voir D'un certain sot la remontrance vaine.

Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir

t. Le compère est ie parrain par rapport à la marraine ; la commère est la marrain* par r.ipport au parrain. Par extension, personnes unies par la camaraderie. — 2. Animal £in, rusé. — 3. Pour tout mets. — 4. Sorte de bouillon.

En badinant 1 sur les bords de la Seine.

Le ciel permit qu'un saule se trouva,

Dont le branchage, après Dieu, le sauva.

S'étant pris*, dis-je, aux branches de ce saule.

Par cet endroit passe un maître d'école ;

L'enfant lui crie : Au secours ! je péris !

Le magister, se tournant à ses cris,

D'un ton fort grave à contretemps s'avise

De le tancer : Ah ! le petit babouin^ !

Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise !

Et puis prenez de tels fripons le soin !

Que les parents sont malheureux, qu'il faille

Toujours veiller à semblable canaille !

Qu'ils ont de maux ! et que je plains leur sort 1

Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord*.

Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense. Tout babillard, tout censeur, tout pédant. Se peut connaître au discours que j'avance. Chacun des trois fait un peuple fort grand : Le Créateur en a béni l'engeance.

En toute affaire ils ne font que songer

Au moyen d'exercer leur langue.

Hé ! mon ami, tire-moi de danger ;

Tu feras, après, ta harangue.

XX — Le Coq et la Perle.

UN jour un coq détourna'

Une perle, qu'il donna

Au beau' premier lapidaire.

Je la crois fine, dit-il ;

Mais le moindre grain de mil

Serait bien mieux mon affaire.

Un ignorant hérita

D'un manuscrit, qu'il apporta

I. Au moment où il se jouait. — a. C'est-à-dire comme l'enfaat s'était pris... — 3. An propre babouin désigne tme espèce de singe ; au figuré, vilain petit garçon. — 4. Au bord de la rivière. — 5. Retira du fimiier où elle était. — 6. Beau est ici rcdondant( cf. im beau jour, déchirer à belles dents).

FABLE XXI — m

Chez son voisin le libraire.

Je crois, dit-il, qu'il est bon.

Mais le moindre ducaton' Serait bien mieux mon affaire.

XXI — Les Frelons et les Mouches à miel.

A l'œuvre on connaît l'artisan.

Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent :

Des frelons les réclamèrent ;

Des abeilles s'opposantS Devant certaine guêpe on traduisit la cause. 11 était malaisé de décider la chose : Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons Des animaux ailés, bourdonnants, un peu longs. De couleur fort tannée*, et tels que les abeilles, Avaient longtemps paru. Mais quoi? dans les frelons

Ces enseignes* étaient pareilles.

La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons. Fit enquête nouvelle, et, pour plus de lumière.

Entendit une fourmilière.

Le point n'cn^ put être éclairci.

De grâce, à quoi bon tout ceci?

Dit une abeille fort prudente.

Depuis tantôt six mois que la cause est pendante.

Nous voici comme aux premiers jours.

Pendant cela le miel se gâte.

Il est temps désormais que le juge se hâte :

N'a-t-il point assez léché l'ours*?

Sans tant de contredits', et d'interlocutoires'.

Et de fatras', et de grimoires*".

Travaillons, les frelons et nous :

On verra qui sait faire, avec un suc si doux,

1. Ducat d'argent qui valait environ cinq francs. — 2. S'opposer veut dire ici déclarer, mettre empêchement à l'exécution d'un acte ou d'un arr4t. — 3. Qui a la couleur brun-clair du tan. — 4. Signes distinctifs. — 5. C'est-à-dire pour la fourmilière. — 6. Expression proverbiale qui signifie traîner les choses en longueur. — 7. Ecrit répondant aux allégations de l'adversaire. — 8. J ugement qui ordonne une Instruction préalable avant de statuer sur le fond. — 9. Entassement d'écrits insipides. — 10. Ecrits obscurs et difficiles à déchiflrer.

Des cellules si bien bâties.

Le refus des frelons fit voir Que cet art passait leur savoir ; Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties*.

Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès I Que des Turcs en cela l'on suivît la méthode ! Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code :

Il ne faudrait point tant de frais ;

Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge* ;

On nous mine par des longueurs ; On fait tant, à la fin, que l'huître est pour le juge.

Les écailles pour les plaideurs.

XXII — Le Chêne et le Roseau,

LE chêne un jour dit au roseau :

Vous avez bien sujet d'accuser la nature ; Un roitelet' pour vous est un pesant fardeau ;

Le moindre vent qui d'aventure

Fait rider la face* de l'eau

Vous oblige à baisser la tête ; Cependant que' mon front, au Caucase pareil. Non content d'arrêter les rayons du soleil.

Brave l'effort de la tempête.

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage,

Vous n'auriez pas tant à soufiErir,

Je vous défendrais de l'orage :

Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. Votre comparaison, lui répondit l'arbuste. Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci :

Les vents me sont moins qu'à vous redoutables ; Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

I. Leurs adversaires. — a. Au propre : briser quelque chose de dur avec les den ts. Au figuré : manger, dévorer. — 3. Tout petit oiseau. — 4. La surface. — 5. Tandis que (avec l'idée d'opposition).

Gt

Contre leurs coups épouvantables

Résisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots. Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants Que le nord eût portés jusque-là dans ses flancs.

L'arbre tient bon ; le roseau plie.

Le vent redouble ses efforts

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.

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