A M. DE BARILLON
La qualité d'ambassadeur Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires? Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères? S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur. Seront-ils point traités par vous de téméraires?
Vous avez bien d'autres affaires
A démêler que les débats
Du lapin et de la belette.
Lisez-les ; ne les lisez pas :
Mais empêchez qu'on ne nous mette
Toute l'Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
Il nous vienne des ennemis,
J'y consens ; mais que l'Angleterre Veuille que nos deux rois se lassent d'être amis*.
J'ai peine à digérer la chose.
N'est-U point en cor temps que Louis se repose? Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las De combattre cette hydre? et faut-il qu'elle oppose Une nouvelle tête aux eSorts de son bras?
Si votre esprit plein de souplesse,
Par éloquence et par adresse, '
I. Mot créé par La Fontaine. — 2. Ambassadeur du roi de France en Angleterre, ami du poète. — 3. Jacques II favorisait la France, mais le parlement d'Angleterre était opposé à cette politique.
Peut adoucir es cœurs et détourner ce coup',
Je vous sacrifierai cent moutons : c'est beaucoup Pour un habitant du Parnasse.
Cependant faites-moi la grâce De prendre en don ce peu d'encens.
Prenez en gré mes vœux ardents.
Et le récit en vers qu'ici je vous dédie.
Son sujet vous convient, je n'en dirai pas plus : Sur les éloges que l'envie Doit avouer qui vous sont dus' Vous ne voulez pas qu'on appuie.
Dans Athène autrefois, peuple vain et léger. Un orateur, voyant sa patrie en danger, Courut à la tribune ; et, d'un art tyrannique. Voulant forcer les cœurs dans une république, H parla fortement sur le commun salut.
On ne l'écoutait pas. L'orateur recourut
A ces figures violentes Qui savent exciter les âmes les plus lentes : Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put ; Le vent emporta tout, personne ne s'émut.
L'animal aux têtes frivoles ^ Étant fait à ces traits, ne daignait l'écouter : Tous regardaient ailleurs : il en vit s'arrêter A des combats d'enfants, et point à ses paroles. Que fit le harangueur? Il prit un autre tour. Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle :
Un fleuve les arrête, et l'anguille en nageant.
Comme l'hirondelle en volant.
Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle?
Ce qu'elle fit ! un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi ! de contes d'enfants son peuple s'embarrasse f
Et du péril qui le menace Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet ! Que ne demandez-vous ce que Philippe* fait?
I. C'est-à-dire empêcher l'alliance de l'Angleterre avec les ennemis coalisés de la France. — 2. Sur les éloges qui vous sont dus, de l'aveu même des envieux. — 3. Le peuple. — 4, Roi de Macédoine, ennemi d'Athènes.
A ce reproche l'assemblée.
Par l'apologue réveillée.
Se donne entière à l'orateur.
Un trait de fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athène en ce point; et moi-même.
Au moment que je fais cette moralité, Si Peau d'âne ^ m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.
V — L'Homme et la Puce.
PAR des vœux importuns nous fatiguons les dieux. Souvent pour des sujets même indignes des hommes Il semble que le ciel sur tous tant que nous sommes Soit obligé d'avoir incessamment' les yeux, Et que le plus petit de la race mortelle, A chaque pas qu'il fait, à chaque bagatelle, Doive intriguer' l'Olympe et tous ses citoyens. Comme s'il s'agissait des Grecs et des Troyens*.
Un sot par une puce eut l'épaule mordue.
Dans les plis de ses draps elle alla se loger.
Hercule, ce dit-il, tu devais» bien purger
La terre de cette hydre au printemps revenue I
Que fais-tu, Jupiter, que du haut de la nue
Tu n'en perdes la race afin de me venger !
Pour tuer une puce, il voulait obliger
Ces dieux à lui prêter leur foudre et leur massue.
VI — Les Femmes et le Secret.
RIEN ne pèse tant qu'un secret : Le porter loin est difficile aux dames ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
I. Perrault ne versifia Peau d'âne qu'en 1694, mais la matière de ce conte de fée était connue depuis longtemps. — 2. Sans cesse. — 3. Agiter, préoccuper. — 4. Dans la guerre de Troie, Homère a partagé les dieux en deux camps : les uns favorables aux Grecs, le» autres aux Troyens. — 5. Tu aurais bien dû.
Pour éprouver la sienne un mari s'écria,
La nuit, étant près d'elle : O dieux ! qu'est-ce cela?
Je n'en puis plus ! on me déchire !
Quoi ! j'accouche d'un œuf ! — D'un œuf? — Oui, le voilà Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire ; On m'appellerait poule. Enfin n'en parlez pas.
La femme, neuve sur ce cas.
Ainsi que sur mainte autre affaire, Crut la chose et promit ses grands dieux de se taire ;
Mais ce serment s'évanouit
Avec les ombres de la nuit.
L'épouse, indiscrète et peu fine.
Sort du lit quand le jour fut à peine levé ;
Et de courir chez sa voisine :
Ma commère', dit-elle, un cas est arrivé ; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre : Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.
Au nom de Dieu, gardez-vous bien
D'aller publier ce mystère.
Vous moquez-vous? dit l'autre : ah ! vous ne savez guère
Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. La femme du pondeur^ s'en retourne chez elle. L'autre grille* déjà de conter la nouvelle ; Elle va la répandre en plus de dix endroits :
Au lieu d'un œuf elle en dit trois.
Ce n'est pas encor tout ; car une autre commère En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait :
Précaution peu nécessaire.
Car ce n'était plus un secret.
Comme le nombre d'œufs, grâce à la renommée.
De bouche en bouche allait croissant.
Avant la fin de la journée
Ils se montaient à plus d'un cent.
VII — Le Chien qui porte à son cou le dîner de son maître.
NOUS n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles. Ni les mains à celles de l'or :
I. Camarade, amie. — 2. Mot créé par La Fontaine. — 3. GrilU : désire vivement.
Peu de gens gardent un trésor Avec des soins assez fidèles.
Certain chien, qui portait la pitance* au logis S'était fait un collier du dîner de son maître. Il était tempérant, plus qu'il n'eût voulu l'être
Quand il voyait un mets exquis ; Mais enfin il l'était : et, tous tant que nous sommes. Nous nous laissons tenter à l'approche des biens. Chose étrange ! on apprend la tempérance aux chiens,
Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes ! Ce chien-ci donc étant de la sorte atoumé*. Un mâtin passe et veut lui prendre le dîné.
Il n'en eut pas toute la joie Qu'il espérait d'abord : le chien mit bas la proie Pour la défendre mieux, n'en étant plus chargé.
Grand combat. D'autres chiens arrivent :
Ils étaient de ceux-là qui vivent Sur le public et craignent peu les coups. Notre chien, se voyant trop faible contre eux tous, Et que la chair courait un danger manifeste, Voulut avoir sa part ; et, lui sage, il leur dit : Point de courroux, messieurs ; mon lopin» me suffit :
Faites votre profit du reste.
A ces mots, le premier, il vous happe un morceau ; Et chacun de tirer, le mâtin, la canaille*,
A qui mieux mieux : ils firent tous ripaille ;
Chacun d'eux eut part au gâteau.
Je crois voir en ceci l'image d'une ville Où l'on met les deniers à la merci des gens. Échevins', prévôt des marchands •, Tout fait sa main' : le plus habile Donne aux autres l'exemple, et c'est un passetemps De leur voir nettoyer un monceau de pistoles». Si quelque scrupuleux, par des raisons frivoles. Veut défendre l'argent et dit le moindre mot. On lui fait voir qu'il est un sot.
X. Nourriture. — 2. Arrangé, paré. — 3. Part d'une chose. — 4. Troupe de chiens (sens propre du terme). — 5. Magistrats municipaux de l'ancien régime. — 6. Magistrat chargé de la police du commerce. — 7. Pille. — 8. Monnaie qui valait dix francs.
Il n'a pas de peine à se rendre :
C'est bientôt le premier à prendre.
VIII — Le Rieur et les Poissons.
ON cherche les rieurs ; et moi je les évite.
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite*.
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J'en vais peut-être en une fable
Introduire un : peut-être aussi Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.
Un rieur était à la table D'un financier et n'avait en son coin Que de petits poissons : tous les gros étaient loin. Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille.
Et puis il feint, à la pareille*, D'écouter leur réponse. On demeura surpris :
Cela suspendit les esprits.
Le rieur alors, d'un ton sage.
Dit qu'il craignait qu'un sien ami.
Pour les grandes Indes' parti,
N'eût depuis un an fait naufrage.
Il s'en informait donc à ce menu fretin : Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient pas d'un âge
A savoir au vrai son destin ;
Les gros en sauraient davantage.
N'en puis-je donc, messieurs, un gros interroger?
De dire si la compagnie
Prit goût à sa plaisanterie. J'en doute ; mais enfin il les sut engager A lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n'en étaient pas revenus.
Et que depuis cent ans sous l'abîme avaient vus
Les anciens du vaste empire.
I. Cet art demande, plus que tout autre, à être exercé à la perfection. — 2. Par réciprocité. — 3. L'Amérique
IX — Le Rat et THuitre.
UN rat, hôte d'un champ, rat de peu de cervelle, Des lares' paternels un jour se trouva soûl*. Il laisse là le champ, le grain et la javelle'. Va courir le pays, abandonne son trou.
Sitôt qu'il fut hors de la case* :
Que le monde, dit-il, est grand et spacieux ! Voilà les Apennins, et voici le Caucase ! La moindre taupinée était mont à ses yeux. Au bout de quelques jours le voyageur arrive En un certan canton • où Téthys" sur la rive Avait laissé mainte huître ; et notre rat d'abord Crut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord. Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire ! Il n'osait voyager, craintif au dernier point. Pour moi, j'ai déjà vu le maritime empire: J'ai passé les déserts ; mais nous n'y bûmes point. D'un certain magister' le rat tenait ces choses,
Et les disait à travers champs ; N'étant point de ces rats qui, les livres rongeants.
Se font savants jusques aux dents.
Parmi tant d'huîtres toutes closes Une s'était ouverte ; et, bâillant au soleil.
Par un doux zéphyr réjouie.
Humait l'air, respirait, était épanouie.
Blanche, grasse, et d'un goût, à la voir, non pareil. D'aussi loin que le rat voit cette huître qui baille : Qu'aperçois-je, dit-il ; c'est quelque victuaille ! Et, si je ne me trompe à la couleur du mets , Je dois faire aujourd'hui bonne chère', ou jamais. Là-dessus, maître rat, plein de belle espérance, Approche de l'écaillé, allonge un peu le cou, Se sent pris comme aux lacs» ; car l'huître tout d'un coup Se referme. Et voilà ce que fait l'ignorance.
Cette fable contient plus d'un enseignement : Nous y voyons premièrement
I. Dieux du foyer paternel. — 2. Rebuté. — 3. Se dit des poignées de céréales coupées qui demeurent couchées sur le sillon jusqu'à ce qu'on les lie. — 4. Petite maison — 5. Coin de pays. — 6. Déesse de la mer. — 7. Maître d'école. -^ 8. Bcm repas. — 9 .Nœuds coulants.
Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience Sont, aux moindres objets, frappés d'étonnement Et puis nous y pouvons apprendre Que tel est pris qui croyait prendre.
X — L'Ours et l'Amateur des jardins,
CERTAIN ours montagnard, ours à demi léché'.
Confiné par le sort dans un bois solitaire.
Nouveau Bellérophon^ vivait seul et caché.
Il fût devenu fou : la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés.
Il est bon de parler et meilleur de se taire ;
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.
Nul animal n'avait affaire
Dans les lieux que l'ours habitait ;
Si bien que, tout ours qu'il était.
Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie.
Non loin de là certain vieillard
S'ennuyait aussi de sa part'.
Il aimait les jardins, était prêtre de Flore*,
Il l'était de Pomone' encore.
Ces deux emplois sont beaux ; mais je voudrais parmi
Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu, si ce n'est dans mon livre :
De façon que, lassé de vivre Avec des gens muets, notre homme, un beau matin. Va chercher compagnie et se met en campagne.
L'ours, porté d'un même dessein.
Venait de quitter sa montagne.
Tous deux, par un cas* surprenant.
Se rencontrent en un tournant.
L'homme eut peur : mais comment esquiver*? et que faire? Se tirer en Gascon d'une semblable affaire
I. Grossier : expression proverbiale tirée de la croyance populaire, d'après laquelle l'ourse lèche ses petits pour façonner leur corps — 2. Bellérophon, le vainqueur de la Chimère, tua involontairement son frère, et cet accident le jeta dans une mélancolie si profonde que la mort seule le guérit. — 3. De son côté. — 4. Déesse des fleurs. — 5. Déesse des fruits. — 6. Hasard. — 7. Se dérober.
Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L'ours, très mauvais complimenteur, Lui dit : Viens-t-en me voir. L'autre reprit : Seigneur, Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas, J'ai des fruits, j'ai du lait : ce n'est peut-être pas De nos seigneurs les ours le manger ordinaire ; Mais j'offre ce que j'ai. L'ours accepte, et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver ; Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble :
Et bien qu'on soit, à ce qu'il semble.
Beaucoup mieux seul qu'avec des sots.
Comme l'ours en un jour ne disait pas deux mots. L'homme pouvait sans bruit, vaquer à son ouvrage. L'ours allait à la chasse, apportait du gibier ;
Faisait son principal métier D'être bon émoucheur» ; écartait du visage De son ami dormant ce parasite ailé
Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme. Sur le bout de son nez une allant se placer Mit l'ours au désespoir ; il eut beau la chasser. Je l'attraperai bien, dit-il ; et voici comme. Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur Vous empoigne un pavé, le lance avec raideur, Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche ; Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur, Raide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage* ennemi.
XI — Les deux Amis.
DEUX vrais amis vivaient au Monomotapa' ; L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre.
Les amis de ce pays-là
Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s'occupait* au sommeil Et mettait à profit l'absence du soleil,
I. Mot tiré par La Foataine du verbe émoucher, qui signifie : chasser les mouches. 3. Un ennemi judicieux. — 3. Pays de l'Afrique australe. — 4. Se livrait à.
Un de nos deux amis sort du lit en alarme ; Il court chez son intime, éveille les valets : Morphée' avait touché le seuil de ce palais. L'ami couché s'étonne ; il prend sa bourse, il s'arme. Vient trouver l'autre et dit : Il vous arrive peu De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme A mieux user du temps destiné pour le somme : N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu? En voici. S'il vous est venu quelque querelle. J'ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul? une esclave assez belle Était à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle? Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point :
Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il» ne fût vrai ; je suis vite accouru ;
Ce maudit songe en est la cause.
Qui d'eux aimait le mieux? Que t'en semble, lecteur?
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ; Il vous épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même :
Un songe, un rien, tout lui fait peur Quand il s'agit de ce qu'il aime.
XII — Le Cochon, la Chèvre et le Mouton.
UNE chèvre, un mouton, avec un cochon gras. Montés sur même char, s'en allaient à la foire. Leur divertissement ne les y portait pas ; On s'en allait les vendre, à ce que dit l'histoire :
Le charton' n'avait pas dessein
De les mener voir Tabarin*.
Dom' pourceau criait en chemin
I. Fils du Sommeil et dieu des Songes. — 2. Que cela ne fût vrai. — 3. Vieux mot, pour charretier. — 4. Bouffon du charlatan Mondor. Tabarin avait ses tréteaux sur la place du Pont-Neuf. — 5. Titre d'honneur usité dans certains ordres religieux, et en particulier chez les religieux bénédictins.
Comme s'il avait eu cent bouchers à ses trousses : C'était une clameur à rendre les gens sourds. Les autres animaux, créatures plus douces. Bonnes gens, s'étonnaient qu'il criât au secours ;
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le charton dit au porc : Qu'as-tu tant à te plaindre? Tu nous étourdis tous : que ne te tiens-tu coi*? Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi, Devraient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire Regarde ce mouton ; a-t-il dit un seul mot?
Il est sage. — Il est sot.
Repartit le cochon : s'il savait son affaire, Il crierait comme moi, du haut de son gosier* ;
Et cette autre personne honnête
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu'on les veut simplement décharger, La chèvre de son lait, le mouton de sa laine :
Je ne sais pas s'ils ont raison ;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu'à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.
Dom pourceau raisonnait en subtil' f>ersonnage < Mais que lui servait-il? Quand le mal est certain, La plainte ni la peur ne changent le destin ; Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
XIII — Tircis et Amarante.