POUR MADEMOISELLE DE SILLERY
J'AVAIS Ésope quitté Pour être tout à Boccace» ; Mais une divinité Veut revoir sur le Parnasse Des fables de ma façon.
Or, d'aller lui dire : Non,
I. Tranquille. — 2. Du haut de son gosier ou du haut de sa tête, c'est pousser des cris ajgus. — 3. Perspicace. — 4. Nièce de La Rochefoucauld, l'auteur câèbre des Maximes.— i. Il l'imitait eo écrivant ses contes.
Sans quelque valable excuse, Ce n'est pas comme on en use Avec les divinités, Surtout quand ce sont de celles Que la qualité de belles Fait reines des volontés.
Car, afin que l'on le sache, C'est Sillery qui s'attache A vouloir que, de nouveau.
Sire loup, sire corbeau.
Chez moi se parlent en rime.
Qui dit Sillery dit tout : Peu de gens en leur estime Lui refusent le haut bout* ; Comment le pourrait-on faire?
Pour venir à notre affaire.
Mes contes, à son avis.
Sont obscurs : les beaux esprits
N'entendent point toute chose.
Faisons donc quelques récits
Qu'elle déchiffre sans glose» ; Amenons des bergers ; et puis nous rimerons Ce que disent entre eux les loups et les moutons.
Tircis disait un jour à la jeune Amarante' : Ah ! si vous connaissiez comme moi certain mal
Qui nous plaît et qui nous enchante, Il n'est bien sous le ciel qui vous parût égal !
Souffrez qu'on vous le communique ;
Croyez-moi, n'ayez point de peur :
Voudrais-je vous tromper, vous, pour qui je me pique Des plus doux sentiments que puisse avoir un cœur?
Amarante aussitôt réplique :
Comment l'appelez-vous, ce mal? quel est son nom? — L'amour. — Ce mot est beau ! dites-moi quelques marques A quoi* je le pourrai connaître : que sent-on? — Des peines près de qui ' le plaisir des monarques Est ennuyeux et fade : on s'oublie, on se plaît
Toute seule en une forêt.
I. Le haut bout : la place la plus honoiable. — 2. Commentaire. — 3. Persezmages d'églogues. — 4. Auxquelles. — 5. Auprès desquelles.
Se mire-t-on près un rivage.
Ce n'est pas soi qu'on voit ; on ne voit qu'une image Qui sans cesse revient, et qui suit en tous lieux :
Pour tout le reste on est sans yeux.
Il est un berger du village Dont l'abord, dont la voix, dont le nom fait rougir :
On soupire à son souvenir ; On ne sait pas pourquoi, cependant on soupire. On a peur de le voir, encor qu'on le désire.
Amarante dit à l'instant :
Oh ! oh ! c'est là ce mal que vous me prêchez tant? Il ne m'est pas nouveau : je pense le connaître.
Tircis à son but croyait être.
Quand la belle ajouta : Voilà tout justement
Ce que je sens pour Clidamant.
L'autre pensa mourir de dépit et de honte.
Il est force gens comme lui, Qui prétendent n'agir que pour leur propre compte ; Et qui font le marché' d'autrui.
XIV — Les Obsèques de la Lionne.
LA femme du lion mourut ;
Aussitôt chacun accourut
Pour s'acquitter envers le prince De certains compliments de consolation.
Qui sont surcroît d'affliction.
Il fit avertir sa province*
Que les obsèques se feraient Un tel jour, en tel lieu ; ses prévôts» y seraient
Pour régler la cérémonie
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s'y trouva.
Le prince aux cris s'abandonna.
Et tout son antre en résonna :
Les lions n'ont point d'autre temple.
On entendit, à son exemple, Rugir en leurs patois messieurs les courtisans.
1. Les affaires d'autrui. — 2. Pays gouverné, gouvernement. — 3. Officiers de la maison du roi.
sous UN CHÊNE AUSSITOT IL VA PRENDRE SON SOMME, UN GLAND TOMBE, LE NEZ DU DORMEUR EN PATIT (P. 74).
RATON, AVEC SA PATTE TIRE UN MARRON, PUIS DEUX, ET PUIS TROIS EN ESCROQUE; ET CErtNDANT BERTRAND LES CROQUE (p. 88).
FAbLE XIV - 49
Je définis la cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents.
Sont ce qu'il plaît au prince, ou s'ils ne peuvent l'être.
Tâchent au moins de le paraître.
Peuple caméléon*, peuple singe du maître ; On dirait qu'un esprit anime mille corps : C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.
Pour revenir à notre affaire.
Le cerf ne pleura point. Comment eût-il pu faire? Cette mort le vengeait : la reine avait jadis
Étranglé sa femme et son fils.
Bref il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire
Et soutint qu'il l'avait vu rire.
La colère du roi, comme dit Salomon ', E^t terrible, et surtout celle du roi lion; Mais ce cerf n'avait pas accoutumé de lire. Le monarque lui dit : Chétif hôte des bois. Tu ris ! tu ne suis ' pa^ ces gémissantes voix ! Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes
Nos sacrés ongles ! Venez, loups.
Vengez la reine ; immolez, tous.
Ce traître à ses augustes mânes.
Le cerf reprit alors : Sire, le temps de pleurs Est passé : la douleur est ici superflue. Votre digne moitié, couphée entre des fleurs,
Tout près d'ici m'est apparue ;
Et je l'ai d'abord reconnue.
Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi, Quand je vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes. Aux champs élysiens j'ai goûté mille charmes. Conversant avec ceux qui sont saints comme moi. Laisse agir quelque temps le désespoir du roi : J'y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose Qu'on se mit à crier : Miracle ! Apothéose ! Le cerf eut un présent, bien loin d'être puni.
Amusez les rois par des songes.
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges:
I. Sorte de lézard, qui sous l'effet de causes accidentelles change de couleurs. Cette singulière propriété a fait donner le nom de caméléons aux personnes changeant de sentiments selon les circonstances. — 2. Dans les Proverbes, ch. xx. — 3. Tu n'accompagnes pas de ta propre voix.
LA FO:<IAINK. — FABLS8
oO — LIVRE VIII
Quelque indignation dont leur cœur soit rempli, Ils goberont l'appât ; vous serez leur ami.
XV — Le Rat et l'Éléphant.
SE croire un personnage est fort commun en France : On y fait l'homme d'importance, Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois.
C'est proprement le mal françois :
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d'une autre manière i Leur orgueil me semble, en un mot.
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre.
Qui sans doute en vaut bien un autre.
Un rat des plus petits voyait un éléphant Des plus gros et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage'.
Qui marchait à gros équipage*.
Sur l'animal à triple étage
Une sultane de renom.
Son chien, son chat et sa guenon.
Son perroquet, sa vieille', et toute sa maison,
S'en allait en pèlerinage.
Le rat s'étonnait que les gens Fussent touchés de voir cette pesante masse : Comme si d'occuper ou plus ou moins de place Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants ! Mais qu'admirez- vous tant en lui, vous autres hommes? Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants? Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D'un grain* moins que les éléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le chat, sortant de sa cage.
Lui fit voir en moins d'un instant
Qu'un rat n'est pas un éléphant.
X. De haut rang, de haute noblesse. — 2. Véquipage, c'est tout ce qui compose le trato de maison. — 3. Sa nourrice. — 4. Grain : mesure de poids très petite.
XVI — L'Horoscope.
ON rencontre sa destinée Souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter.
Un père eut pour toute lignée' Un fils qu'il aima trop, jusques à consulter Sur le sort de sa géniture* Les diseurs de bonne aventure.
Un de ces gens lui dit que des lions surtout Il éloignât l'enfant jusques à certain âge ;
Jusqu'à vingt ans, point davantage.
Le père, pour venir à bout D'une précaution sur qui roulait la vie De celui qu'il aimait, défendit que jamais On lui laissât passer le seuil de son palais. Il pouvait, sans sortir, contenter son envie. Avec ses compagnons tout le jour badiner. Sauter, courir, se promener.
Quand il fut en l'âge où la chasse Plaît le plus aux jeunes esprits.
Cet exercice avec mépris Lui fut dépeint ; mais, quoi qu'on fasse. Propos, conseil, enseignement, Rien ne change un tempérament.
Le jeune homme, inquiet', ardent, plein de courage, A peine se sentit des bouillons* d'un tel âge
Qu'il soupira pour ce plaisir.
Plus l'obstacle était grand, plus fort fut le désir. Il savait le sujet des fatales défenses, Et comme ce logis, plein de magnificences. Abondait partout en tableaux.
Et que la laine et les pinceaux Traçaient de tous côtés chasses et paysages. En cet endroit des animaux, En cet autre des personnages, Le jeune homme s'émeut, voyant peint un lion : Ah ! monstre, cria-t-il, c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers ! A ces mots il se livre
I. Race, postérité. — a. Pour progéniture. — 3. Agité. — 4. Transports, mouvements passioaaés.
Aux transports violents de l'indignation. Porte le poing sur l'innocente bête.
Sous la tapisserie un clou se rencontra :
Ce clou le blesse, il pénétra Jusqu'aux ressorts de l'âme* ; et cette chère tête, Pour qui l'art d'Esculape* en vain fit ce qu'il put. Dut sa perte à ces soins qu'on prit pour son salut.
Même précaution nuisit au poète» Eschyle*. Quelque devin le menaça, dit-on.
De la chute d'une maison.
Aussitôt il quitta la ville.
Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les cieux. Un aigle, qui portait en l'air une tortue. Passa par là, vit l'homme et sur sa tête nue. Qui parut un morceau de rocher à ses yeux.
Étant de cheveux dépourvue. Laissa tomber sa proie, afin de la casser : Le pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer.
De ces exemples il résulte Que cet art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux
Que craint celui qui le consulte ; Mais je l'en justifie et maintiens qu'il est faux.
Je ne crois point que la Nature Se soit lié les mains, et nous les lie encor Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort.
Il dépend d'une conjoncture»
De lieux, de personnes, de temps ; Non des conjonctions de tous ces charlatans. Ce berger et ce roi sont sous même planète. L'un d'eux porte le sceptre, et l'autre la houlette.
Jupiter* le voulait ainsi.
Qu'est-ce que Jupiter? un corps sans connaissance.
D'où vient donc que son influence' Agit différemment sur ces deux hommes-ci? Puis comment pénétrer jusques à notre monde? Comment percer des airs la campagne profonde?
I. Jusqu'aux principes mêmes de la vie. — 2. Dieu de la médecine. — 3. Le mot ne compte que pour une syllabe. — 4. Poète tragique, né vers 525 avant l'ère chrétienne. — 5. Rencontre fortuite : conjonction, deux vers plus loin, est un terme d'astronomie qui s'applique à la rencontre apparente de deux astres dans la même partie du Zodûnque. — 6. Planète. — 7. Sorte d'écoulement matériel qu'on supposait descendre désastres sur les corps terrestres.
Percer Mars, le Soleil, et des vides sans fin ? Un atome la peut détourner en chemin : Où riront retrouver les faiseurs d'horoscope?
L'État où nous voyons l'Europe* Mérite que du moins quelqu'un d'eux l'ait prévu : Que ne î'a-t-il donc dit? Mais nul d'eux ne l'a su. L'immense éloignement, le point ' et sa vitesse,
Celle aussi de nos passions,
Permettent-ils à leur faiblesse De suivre pas à pas toutes nos actions? Notre sort en dépend : sa course entre-suivie' Ne va, non plus que nous, jamais d'un même pas ;
Et ces gens veulent au compas
Tracer le cours de notre vie !
Il ne se faut point arrêter Aux deux faits ambigus* que je viens de conter. Ce fils par trop chéri, ni le bonhomme Eschyle, N'y font rien : tout aveugle et menteur qu'est cet art. Il peut frapper au but une fois entre mille ;
Ce sont les effets du hasard.
XVII — L'Ane et le Chien.
IL se faut eiitr 'aider ; c'est la loi de nature.
L'âne un jour pourtant s'en moqua ;
Et ne sais comme il y manqua ;
Car il est bonne créature.
Il allait par pays», accompagné du chien,
Gravement, sans songer à rien ;
Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormit. L'âne se mit à paître :
Il était alors dans un pré
Dont l'herbe était fort à son gré.
Point de chardon pourtant ; il s'en passa pour l'heure Il ne faut pas toujours être si délicat ;
Et, faute de servir ce plat.
I. L'Europe presque tout entière était en guerre contre la France. — 2. Lieu précis où se trouve un astre au moment de l'observation. — 3. Dont la suite est discontinue. — 4. Obscurs, de sens incertain. — 5. De pays en payi.
Rarement un festin demeure*.
Notre baudet s'en sut enfin Passer pour cette fois. Le chien, mourant de faim. Lui dit : Cher compagnon, baisse-toi, je te prie : Je prendrai mon dîné dans le panier au pain. Point de réponse ; mot* : le roussin d'Arcadie»
Craignit qu'en perdant un moment
Il ne perdît un coup de dent.
Il fit longtemps la sourde oreille :
Enfin il répondit : Ami, je te conseille D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ; Car il te donnera sans faute, à son réveil,
Ta portion accoutumée :
Il ne saurait tarder beaucoup.
Sur ces entrefaites un loup Sort du bois et s'en vint : autre bête affamée. L'âne appelle aussitôt le chien à son secours. Le chien ne bouge et dit : Ami, je te conseille De fuir en attendant que ton maître s'éveille ; Il ne saurait tarder : détale vite et cours. Que si ce loup t'atteint, casse-lui la mâchoire : On t'a ferré de neuf ; et, si tu veux m'en croire. Tu rétendras tout plat*. Pendant ce beau discours, Seigneur loup étrangla le baudet sans remède.
Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide.
XVIIÎ — Le Bassa et le Marchand,
UN marchand grec en certaine contrée
Faisait trafic. Un bassa» l'appuyait ;
De quoi le Grec en bassa le payait.
Non en marchand : tant c'est chère denrée
Qu'un protecteur ! Celui-ci coûtait tant
Que notre Grec s'allait partout plaignant.
Trois autres Turcs, d'un rang moindre en puissance.
Lui vont offrir leur support' en commun.
I. Demeure inachevé. — 2. Pas un mot. — 3. Un roussin, c'est un cheval; mais l'Arcadie était le pays des ânes. Uu roussin dWrcadie est donc un âne. — 4. Tout à plat, sur le sol. — 5. Bâcha ou pacha : gouverneur de province en Turquie. — 6. Appui, protection.
Eux trois voulaient moins de reconnaissance
Qu'à ce marcharid il n'en coûtait pour un.
Le Grec écoute ; avec eux il s'engage.
Et le bassa du tout est averti :
Même on lui dit qu'il jouera, s'il est sage,
A ces gens-là quelque méchant parti,
Les prévenant', les chargeant d'un message
Pour Mahomet, droit en son paradis,
Et sans tarder ; sinon ces gens unis
Le préviendront, bien certains qu'à la ronde
Il a des gens tout prêts pour le venger :
Quelque poison l'enverra protéger
Les trafiquants qui sont en l'autre monde.
Sur cet avis le Turc se comporta
Comme Alexandre* ; et, plein de confiance,
Chez le marchand tout droit il s'en alla.
Se mit à table. On vit tant d'assurance
En ses discours et dans tout son maintien
Qu'on ne crut point qu'il se doutât de rien.
Ami, dit-il, je sais que tu m.e quittes ;
Même l'on veut que j'en craigne les suites ;
Mais je te crois un trop homme de bien ;
Tu n'as point l'air d'un donneur de breuvage*.
Je n'en dis pas là-dessus davantage.
Quant à ces gens qui pensent t'appuyer,
Écoute-moi : sans tant de dialogue
Et de raisons qui pourraient t'ennuyer.
Je ne te veux conter qu'un apologue.
Il était un berger, son chien et son troupeau. Quelqu'un lui demanda ce qu'il prétendait faire
D'un dogue de qui l'ordinaire Était un pain entier. Il fallait bien et beau ♦ Donner cet animal au seigneur du village.
Lui, berger, pour plus de ménage •,
Aurait deux ou trois mâtineaux.
Qui, lui dépensant moins, veilleraient aux troupeaux
Bien mieux que cette bête seule.
I. Les devançant, en se vengeant d'eux le premier. — 2. Alexandre but la potion que lui présenta son médecin Philippe, alors même qu'il venait de recevoir une lettre lui donnant avis que celui-ci tenterait de l'empoisonner. — 3. Breuvage a ici le sens de poison. — 4. Bel et bien. — 5. Economie domestique.
Il mangeait plus que trois ; mais on ne disait pas Qu'il avait aussi triple gueule Quand les loups livraient des combats.
Le berger s'en défait ; il prend trois chiens de taille A lui dépenser moins, mais à fuir la bataille. Le troupeau s'en sentit ; et tu te sentiras Du choix de semblable canaille*.
Si tu fais bien, tu reviendras à moi.
Le Grec le crut.
Ceci montre aux provinces* Que, tout compté, mieux vaut en bonne foi* S'abandonner à quelque puissant roi Que s'appuyer de plusieurs petits princes.
XIX — L'Avantage de la science.
ENTRE deux bourgeois d'une ville
S'émut jadis un différend :
L'un était pauvre, mais habile*;
L'autre, riche, mais ignorant.
Celui-ci sur son concurrent
Voulait emporter l'avantage ;
Prétendait que tout homme sage
Était tenu de l'honorer.
C'était tout homme sot : car pourquoi révérer
Des biens dépourvus de mérite?
La raison m'en semble petite.
Mon ami, disait-il souvent Au savant,
Vous vous croyez considérable • ;
Mais, dites-moi, tenez-vous table?
Que sert à vos pareils de lire incessamment*? Ils sont toujours logés à la troisième chambre', Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre. Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.
La république a bien affaire»
De gens qui ne dépensent rien I
Je ne sais d'homme nécessaire
I. Troupe de chiens (sens propre). — a. Pays gouvernés par un prince. — 3. Mieux vaut s'abandonner en bonne foi. — 4. Instruit, savant. — 3. Important. — 6. Sans cesse. — 7. Au troisième étage. — 8. N'a nul besoin.
Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien.
Nous en usons. Dieu sait ! Notre plaisir occupe L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe. Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez
A messieurs les gens de finance
De méchants livres bien payés.
Ces mots remplis d'impertinence
Eurent le sort qu'ils méritaient.
L'homme lettré se tut, il avait trop à dire. La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient :
L'un et l'autre quitta sa ville.
L'ignorant resta sans asile ;
Il reçut partout des mépris :
L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.
Cela décida leur querelle.
Laissez dire les sots : le savoir a son prix.
XX — Jupiter et les Tonnerres.
JUPITER, voyant nos fautes.
Dit un jour, du haut des airs :
Remplissons de nouveaux hôtes Les cantons' de l'univers Habités par cette race Qui m'importune et me lasse.
Va-t'en Mercure, aux enfers.
Amène-moi la Furie La plus cruelle des trois.
Race que j'ai trop chérie.
Tu périras cette fois !
Jupiter ne tarda guère A modérer son transport.
O vous, rois, qu'il voulut faire Arbitres de notre sort.
Laissez, entre la colère Et l'orage qui la suit.
L'intervalle d'une nuit.