I. Dirigent... contre les fripons
La longueur de ce fil ; sinon, je les tiens sûrs
De quelque semblable caresse.
Vous n'êtes point trompé ; ce fou vend la sagesse.
IX — L'Huître et les Plaideurs.
UN jour deux pèlerins sur le sable rencontrent
Une huître, que le flot y venait d'apporter :
Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;
A l'égard de la dent il fallut contester.
L'un se baissait déjà pour amasser^ la proie ;
L'autre le pousse et dit : Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur ; l'autre le verra faire. —
Si par là l'on juge l'affaire, Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon. Dieu merci. —
Je ne l'ai pas mauvais aussi, Dit l'autre ; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. — Hé bien ! vous l'avez vue ; et moi je l'ai sentie.
Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin* arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'huître et la gruge».
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d'un ton de président : Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille Sans dépens ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.
Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles : Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui. Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles».
X — Le Loup et le Chien maigre.
AUTREFOIS Carpillon fretin Eut beau prêcher, il eut beau dire, On le mit dans la poêle à frire*.
I. Amasser : ramasser. — 2. Nom donné par Rabelais à un homme de justice. 3. Gruger : manger. — 4. Ne leur laisse rien. — 5. Livre V, fable 3.
PABLE XI — 81
Je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main,
Soui espoir de grosse aventure'.
Est imprudence toute pure.
Le pêcheur eut raison ; Carpillon n'eut pas tort : Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.
Maintenant il faut que j'appuie Ce que j'avançais lors de quelque trait encor. Certain loup, aussi sot que le pêcheur fut sage,
Trouvant un chien hors du village S'en allait l'emporter. Le chien représenta Sa maigreur : Jà^ ne plaise à votre seigneurie
De me prendre en cet état-là ;
Attendez : mon maître marie
Sa fille unique, et vous jugez Qu'étant de noce, il faut, malgré moi, que j'engraisse.
Le loup le croit, le loup le laisse.
Le loup, quelques jours écoulés, Revient voir si son chien n'est pas meilleur à prendre ;
Mais le drôle était au logis.
Il dit au loup par un treiUis :
Ami, je vais sortir ; et, si tu veux attendre.
Le portier du logis et moi,
Nous serons tout à l'heure' à toi.
Ce portier du logis était un chien énorme
Expédiant les loups en forme.
Celui-ci s'en douta. Serviteur* au portier. Dit-il ; et de courir. II était fort agile ;
Mais il n'était pas fort habile ; Ce loup ne savait pas encor bien son métier.
XI — Rien de trop.
JE ne vois point de créature
Se comporter modérément.
H est certain tempérament'
Que le maître de la nature Veut que l'on garde en tout. Le fait-on? nullement Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère.
I. Dans l'espoir de gros bénéfices. — 2. Certes. — 3. Tout de suite. — 4. Formule pai laquelle on prend congc de quelqu'un. — 5. Mesure.
LA FONTAINE. — FABtES — U.
Le blé, riche présent de la blonde Cérès, Trop toufiu bien souvent, épuise les guérets : En superfluités s'épandant d'ordinaire.
En poussant trop abondamment,
Il ôte à son fruit l'aliment.
L'arbre n'en fait pas moins ; tant le luxe sait plaire I Pour corriger le blé Dieu permit aux moutons De retrancher l'excès des prodigues moissons :
Tout au travers ils se jetèrent,
Gâtèrent tout et tout broutèrent,
Tant^ que le ciel permit aux loups D'en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ; S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
Puis le ciel permit aux humains De punir ces derniers : les humains abusèrent
A leur tour des ordres divins.
De tous les animaux l'homme a le plus de pente
A se porter dedans l'excès.
Il faudrait faire le procès Aux petits comme aux grands. Il n'est âme vivante Qui ne pèche en ceci. Rien de trop est un point Dont on parle sans cesse et qu'on n'observe point.
XII — Le Cierge.
C'EST du séjour des dieux que les abeilles viennent. Les premières, dit-on, s'en allèrent loger
Au mont Hymette * et se gorger Des trésors qu'en ce lieu les zéphyrs entretiennent. Quand on eut des palais de ces filles du ciel Enlevé l'ambroisie en leurs chambres enclose,
Ou, pour dire en français la chose.
Après que les ruches sans miel N'eurent plus que la cire, on fit mainte bougie,
Maint cierge aussi fut façonné.
Un d'eux voyant la terre en brique au feu durcie Vaincre l'effort des ans, il eut la même envie ;