‹ Fables (volume 5)Chapitre 39 sur 73 · I. A tel point que... — 2. Montagne de l'Attique · texte numérisé non relu

I. A tel point que... — 2. Montagne de l'Attique

Et, nouvel Empédocle* aux flammes condamné

Par sa propre et pure folie, Il se lança dedans. Ce fut mal raisonné : Ce cierge ne savait grain de philosophie.

Tout en tout est divers : ôtez-vous de l'esprit Qu'aucun être ait été composé sur le vôtre. L'Empédocle de cire au brasier se fondit : Il n'était pas plus fou que l'autre.

XIII — Jupiter et le Passager.

OH ! combien le péril enrichirait les dieux,

Si nous nous souvenions des vœux qu'il nous fait faire !

Mais, le péril passé, l'on ne se souvient guère

De ce qu'on a promis aux cieux ; On compte seulement ce qu'on doit à la terre. Jupiter, dit l'impie, est un bon créancier ;

Il ne se sert jamais d'huissier.

Eh ! qu'est-ce donc que le tonnerre?

Comment appelez- vous ces avertissements?

Un passager pendant l'orage Avait voué cent bœufs au vainqueur des Titans*. Il n'en avait pas un : vouer cent éléphants

N'aurait pas coûté davantage.

Il brûla quelques os quand il fut au rivage : Au nez de Jupiter la fumée en monta.

Sire Jupin», dit-il, prends mon vœu ; le voilà : C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire. La fumée est ta part : je ne te dois plus rien.

Jupiter fit semblant de rire ; Mais, après quelques jours, le dieu l'attrapa bien.

Envoyant un songe lui dire Qu'un tel trésor était en tel lieu. L'homme au vœu

Courut au trésor comme au feu.

Il trouva des voleurs ; et, n'ayant dans sa bourse

Qu'un écu pour toute ressource.

Il leur promit cent talents d'or*.

Bien comptés, et d'un tel trésor».

I. « Philosophe ancien, qui, ne pouvant comprendre les merveilles du mont Etna, se

ieto dedans par une vanité ridicule. > (Note de La Fontaine.) — 2. A Jupiter 3. Surnom

familier que La Fontaine donne au roi des dieux. — 4. Une somme énorme, un millioa — 3. De tel trésor qu'il leur décrivit.

On l'avait enterré dedans telle bourgade. L'endroit parut suspect aux voleurs ; de façon Qu'à notre prometteur l'un dit : Mon camarade. Tu te moques de nous ; meurs, et va chez Pluton Porter tes cent talents en don.

XIV — Le Chat et le Renard.

LE chat et le renard, comme beaux petits saints'.

S'en allaient en pèlerinage.

C'étaient deux vrais tartufs", deux archipatelins'. Deux francs patte- velus*, qui, des frais du voyage. Croquant mainte volaille, escroquant maint fromage,

S'indemnisaient à qui mieux mieux.

Le chemin étant long, et partant ennuyeux.

Pour raccourcir ils disputèrent.

La dispute est d'un grand secours :

Sans elle on dormirait toujours.

Nos pèlerins s'égosillèrent.

Ayant bien disputé, l'on parla du prochain.

Le renard au chat dit enfin :

Tu prétends être fort habile ; En sais-tu tant que moi? J'ai cent ruses au sac. Non, dit l'autre : je n'ai qu'un tour dans mon bissac'

Mais je soutiens qu'il en vaut mille.

Eux de recommencer la dispute à l'envi. Sur le que si, que non*, tous deux étant ainsi.

Une meute apaisa la noise'.

Le chat dit au renard : Fouille en ton sac, ami ;

Cherche en ta cervelle matoise Un stratagème sûr : pour moi, voici le mien. A ces roots, sur un arbre il grimpa bel et bien.

L'autre fit cent tours inutiles.

Entra dans cent terriers, mit cent fois en défaut

Tous les confrères de Brifaut*.

I. Hypocrites qui prennent des airs dévots. — 2. Mot que U piice de Molière (1664 . avait fourni à notre langue. — 3. Fourbes entre les fourbes : Patelin est le héros de la farce bien connue ; archi est une espèce de superlatif. — 4. Proprement : qui a du poil aux pattes, par suite, doucereu.x, hypocrite. — 5. Sac a deux poches. — 6. Expression tirée du langage de ceux qui discutent : je dis que si, je dis que non. — 7. Dispute bruyante — 8. Nom Je chien. Ses confrères sont des chiens de chasse.

Partout il tenta des asiles ;

Et ce fut partout sans succès ; La fumée y pourvut, ainsi que les bassets. Au sortir d'un terrier deux chiens aux pieds agiles

L'étranglèrent du premier bond.

Le trop d'expédients peut gâter une affaire : On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire. N'en ayons qu'un ; mais qu'il soit bon.

XV — Le Mari, la Femme et le Voleur.

UN mari fort amoureux.

Fort amoureux de sa femme.

Bien qu'il fût jouissant, se croyait malheureux.

Jamais œillade de la dame.

Propos flatteur et gracieux.

Mot d'amitié, ni doux sourire

Déifiant* le pauvre sire, N'avaient fait soupçonner qu'il fût vraiment chéri.

Je le crois ; c'était un mari.

Il ne tint point à l'hyménée

Que, content de sa destinée.

Il n'en remerciât les dieux.

Mais quoi ! si l'amour n'assaisonne

Les plaisirs que l'hymen nous donne.

Je ne vois pas qu'on en soit mieux.

Notre épouse étant donc de la sorte bâtie. Et n'ayant caressé son mari de sa vie. Il en faisait sa plainte une nuit. Un voleur

Interrompit la doléance.

La pauvre femme eut si grand'peur

Qu'elle chercha quelque assurance

Entre les bras de son époux.

Am.i voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux Me serait inconnu ! Prends donc en récompense Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance* ; Prends le logis aussi. Les voleurs ne sont pas

Gens honteux, ni fort délicats :

Celui-ci fit sa main.

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