‹ Fables (volume 5)Chapitre 42 sur 73 · LES DEUX RATS, LE RENARD ET L'ŒUF · texte numérisé non relu

LES DEUX RATS, LE RENARD ET L'ŒUF

Deux rats cherchaient leur vie ; ils trouvèrent un œuf.

Le dîné suffisait à gens de cette espèce :

Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.

Pleins d'appétit et d'allégresse.

Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part. Quand un quidam parut : c'était maître renard.

Rencontre incommode et fâcheuse :

Car comment sauver l'œuf? Le bien empaqueter. Puis des pieds de devant ensemble le porter.

Ou le rouler, ou le traîner :

C'était chose impossible autant que hasardeuse.

Nécessité l'ingénieuse

Leur fournit une invention.

Comme ils pouvaient gagner leur habitation, L'écomifleur étant à demi-quart de lieue. L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras ; Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas,

L'autre le traîna par la queue.

Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,

Oue les bêtes n'ont point d'esprit !

Pour moi, si j'en étais le maître.

Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants. Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans? Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connaître.

Par un exemple tout égal.

J'attribuerais à l'animal.

Non point une raison selon notre manière. Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort : Je subtiliserais* un morceau de matière, Que l'on ne pourrait plus concevoir sans effort. Quintessence d'atome, extrait de la lumière. Je ne sais quoi plus vif et plus mobile encor Que le feu ; car enfin, si le bois fait la flamme, La flamme, en s'épurant, peut-elle pas de l'âme Nous donner quelque idée? et sort-il pas de l'or Des entrailles du plomb? Je rendrais mon ouvrage Capable de sentir, juger, rien davantage.

Et juger imparfaitement ; Sans qu'un singe jamais fît le moindre argument.

A l'égard de nous autres hommes.

Je ferais notre lot infiniment plus fort.

Nous aurions un double trésor :

L'un, cette âme pareille en tous tant que nous sommes.

Sages, fous, enfants, idiots, Hôtes de l'univers sous le nom d'animaux : L'autre, encore une autre âme, entre nous et les anges

Commune en un certain degré ;

Et ce trésor à part créé Suivrait parmi les airs les célestes phalanges. Entrerait dans un point- sans en être pressé ; Ne finirait jamais, quoique ayant commencé :

Choses réelles, quoique étranges.

Tant que l'enfance durerait.

Cette fille du ciel en nous ne paraîtrait

Qu'une tendre et faible lumière :

L'organe étant plus fort, la raison percerait

Les ténèbres de la matière,

Qui toujours envelopperait

L'autre âme imparfaite et grossière.

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