‹ Fables (volume 5)Chapitre 41 sur 73 · Font compensation. — a. Relations. — 3. Les cartésiens · texte numérisé non relu

Font compensation. — a. Relations. — 3. Les cartésiens

Le sens de proche en proche giussitôt la reçoit. L'impression se fait : mais comment se fait-elle?

Selon eux, par nécessité.

Sans passion, sans volonté :

L'animal se sent agité De mouvements que le vulgaire appelle Tristesse, joie, amour, plaisir, douleur cruelle,

Ou quelque autre de ces états.

Mais ce n'est point cela : ne vous y trompez pas. Qu'est-ce donc? Une montre. Et nous? C'est autre chose. Voici de la façon que^ Descartes* l'expose : Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu

Chez les païens, et qui tient le milieu Entre l'homme et l'esprit ; comme entre l'huître et l'homme Le tient tel de nos gens, franche bête de somme ; Voici, dis-je, comment raisonne cet auteur : Sur' tous les animaux, enfants du Créateur, J'ai le don de penser ; et je sais que je pense. Or, vous savez, Iris, de certaine science*.

Que, quand la bête penserait,

La bête ne réfléchirait

Sur l'objet ni sur la pensée.

Descartes va plus loin et soutient nettement

Qu'elle ne pense nullement.

Vous n'êtes point embarrassée De le croire ; ni moi. Cependant, quand aux bois

Le bruit des cors, celui des voix, N'a donné nul relâche à la fuyante proie.

Qu'en vain elle a mis ses efforts

A confondre et brouiller la voie', L'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors. En suppose un plus jeune, et l'oblige, par force, A présenter aux chiens une nouvelle amorce. Que de raisonnements pour conserver ses jours ! Le retour sur ses pas, les malices, les tours.

Et le change, et cent stratagèmes Dignes des plus grands chefs, dignes d'un meilleur sort.

On le déchire après sa mort :

Ce sont tous ses honneurs suprêmes.

I. Voici la façon dont... — 2. Philosophe (1596-1650). — 3. Seul de tous. — 4. De science certaine. — 5. Brouiller la voie : tenter de donner le change aux chiens.

Quand la perdrix

Voit ses petits En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas. Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile. Attirant le chasseur et le chien sur ses pas. Détourne le danger, sauve ainsi sa famille ; Et puis quand le chasseur croit que son chien la pille' Elle lui dit adieu, prend sa volée et rit De l'homme, qui, confus, des yeux en vain la suit.

Non loin du nord, il est un monde

Où l'on sait que les habitants

Vivent, ainsi qu'aux premiers temps,

Dans une ignorance profonde :

Je parle des humains ; car, quant aux animaux.

Ils y construisent des travaux Qui des torrents grossis arrêtent le ravage Et font communiquer l'un et l'autre rivage. L'édifice résiste et dure en son entier : Après un lit de bois est un lit de mortier. Chaque castor agit : commune en est la tâche ; Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche ; Maint maître d'oeuvre y court et tient haut le bâton*.

La république de Platon

Ne serait rien que l'apprentie

De cette famille amphibie.

Ils savent en hiver élever leurs maisons,

Passent les étangs sur des ponts.

Fruit de leur art, savant ouvrage ;

Et nos pareils ont beau le voir,

Jusqu'à présent tout leur savoir

Est de passer l'onde à la nage.

Que ces castors ne soient qu'un corps vide d'esprit. Jamais on ne pourra m'obliger à le croire : Mais voici beaucoup plus ; écoutez ce récit.

Que je tiens d'un roi plein de gloire. Le défenseur du Nord vous sera mon garant : Je vais citer un prince aimé de la Victoire ;

I. Pille : se jette sur elle. — 2. L'insigne du commandement.

Son nom seul est un mur à' l'empire ottoman : C'est le roi polonais*. Jamais un roi ne ment.

Il dit donc que, sur sa frontière, Des animaux» entre eux ont guerre de tout temps : Le sang qui se transmet des pères aux enfants

En renouvelle la matière*.

Ces animaux, dit-il, sont germains» du renard.

Jamais la guerre avec tant d'art

Ne s'est faite parmi les hommes.

Non pa.s même au siècle où nous sommes. Corps de garde avancé, vedettes, espions, Embuscades, partis», et mille inventions D'une pernicieuse et maudite science.

Fille du Styx et mère des héros,

Exercent de ces animaux

Le bon sens et l'expérience.

Pour chanter leurs combats, l'Achéron nous devrait

Rendre Homère. Ah ! s'il le rendait.

Et qu'il rendît aussi le rival d'Épicure', Que dirait ce dernier sur ces exemples-ci? Ce que j'ai déjà dit : qu'aux bêtes la nature Peut par les seuls ressorts opérer tout ceci ;

Que la mémoire est corporelle ; Et que, pour en venir aux exemples divers

Que j'ai mis en jour dans ces vers,

L'animal n'a besoin que d'elle.

L'objet, lorsqu'il revient, va dans son magasin

Chercher, par le même chemin.

L'image auparavant tracée.

Qui sur les mêmes pas revient pareillement,

Sans le secours de la pensée.

Causer un même événement*.

Nous agissons tout autrement :

La volonté nous détermine, Non l'objet, ni l'instinct. Je parle, je chemine :

Je sens en moi certain agent ;

Tout obéit dans ma machine

A ce principe intelligent.

I. Contie. — 3. Sobieski, roi de Pologne, avait passé à Paris et fréquenté le salon de M"' de La Sablière. — 3. D'après Furetière, ce sont des boulaks : ces animaux se divisent en deux espèces, les uns ressemblent aux blaireaux, les autres aux renards. — 4. La cause, le sujet. — 5. Frères. — 6. Troupes d'éclaireurs. — 7. Descartes. — 8. Un même effet

Il est distinct du corps, se conçoit nettement.

Se conçoit mieux que le corps même :

De tous nos mouvements c'est l'arbitre suprême.

Mais comment le corps l'entend-il ?

C'est là le point. Je vois l'outil Obéir à la main : mais la main, qui la guide? Eh ! qui guide les cieux et leur course rapide? Quelque ange est attaché peut-être à ces grands corps. Un esprit vit en nous et meut tous nos ressorts ; L'impression se fait : le moyen, je l'ignore ; On ne l'apprend qu'au sein de la Divinité ; Et, s'il faut en parler avec sincérité.

Descartes l'ignorait encore.

Nous et lui, là-dessus nous sommes tous égaux : Ce que je sais, Iris, c'est qu'en ces animaux

Dont je viens de citer l'exemple, Cet esprit n'agit pas : l'homme seul est son temple. Aussi faut-il donner à l'animal un point

Que la plante après tout n'a point :

Cependant la plante respire.

Mais que répondra-t-on à ce que je vais dire?

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