‹ Fables (volume 5)Chapitre 51 sur 73 · AINSI S'AVANÇAIENT PAS A PAS · texte numérisé non relu

AINSI S'AVANÇAIENT PAS A PAS

NEZ A NEZ, NOS AVENTURIÈRES (p. 139J

IL ÉLEVAIT SA QUEUE, IL LA FAISAIT BRILLER, ET CENT MILLE AUTRES BADINAGES (P. I59J.

Savez- vous si les écoutants En feront une estime à la vôtre pareille? Voici pourtant un cas qui peut être excepté ; Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable Il a l'air et les traits, encor que véritable.

On abattit un pin pour son antiquité, Vieux palais d'un hibou, triste et sombre retraite De l'oiseau qu'Atropos prend pour son intreprète. Dans son tronc caverneux, et miné par le temps,

Logaient, entre autres habitants, Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse. L'oiseau les nourrissait parmi des tas de blé. Et de son bec avait leur troupeau mutilé. Cet oiseau raisonnait : il faut qu'on le confesse. En son temps aux souris le compagnon * chassa : Les premières qu'il prit du logis échappées*, Pour y remédier, le drôle estropia Tout ce qu'il prit ensuite ; et leurs jambes coupées Firent qu'il les mangeait à sa commodité.

Aujourd'hui l'une, et demain l'autre.

Tout manger à la fois, l'impossibilité S'y trouvait, joint aussi le soin de sa santé. Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre :

Elle allait jusqu'à leur porter

Vivres et grains pour subsister.

Puis, qu'un cartésien s'obstine A traiter ce hibou de montre et de machine !

Quel ressort lui pouvait donner Le conseil de tronquer» un peuple mis en mue*?

Si ce n'est pas là raisonner,

La raison m'est chose inconnue.

Voyez que d'arguments il fit :

Quand ce peuple est pris, il s'enfuit ; Donc il faut le croquer aussitôt qu'on le happe. Tout, il' est impossible. Et puis, pour le besoin N'en dois-je point garder? Donc il faut avoir soin

De le nourrir sans qu'il échappe.

Mais comment? Otons-lui les pieds. Or, trouvez-moi

I. Le gaillard, le rusé personnage. — 2. C'est-à-dire : comme les premières qu'il prit s'iî'taient échappées du logis. — 3. Mutiler. — 4. Mis en cage : la mue désignait une grande cage où l'on enfermait les volailles pour les y engraisser. — 5. Cela.

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