‹ Fables (volume 5)Chapitre 66 sur 73 · PHILÉMON ET BA UCIS · texte numérisé non relu

PHILÉMON ET BA UCIS

Il veut lui tendre aussi les siens, et ne peut pas.

Il veut parler, l'écorçe a sa langue pressée*.

L'un et l'autre se dit adieu de la pensée :

Le corps n'est tantôt' plus que feuillage et que bois.

D'étonnement la troupe ainsi qu'eux perd la voix.

Même instant, même sort à leur fin les entraîne:

Baucis devient tilleul, Philémon devient chêne.

On les va voir encore, afin de mériter

Les douceurs qu'en hymen Amour leur fit goûter.

Ils courbent sous le poids des offrandes sans nombre.

Pour peu que des époux séjournent sous leur ombre,

Ils s'aiment jusqu'au bout, malgré l'effort des ans.

Ah ! si»... Mais autre part j'ai porté mes présents.

Célébrons seulement cette métamorphose.

De fidèles témoins m 'ayant conté la chose,

Clio me conseilla de l'étendre en ces vers.

Qui pourront quelque jour l'apprendre à l'univers.

Quelque jour on verra chez les races futures,

Sous l'appui d'un grand nom, passer ces aventures.

Vendôme, consentez au lôs que j'en attends ;

Faites-moi triompher de l'Envie et du Temps :

Enchaînez ces démons, que sur nous ils n'attentent,

Ennemis des héros et de ceux qui les chantent.

Je voudrais pouvoir dire en un style assez haut

Qu'ayant mille vertus vous n'avez nul défaut.

Toutes les célébrer serait œuvre infinie ;

L'entreprise demande un plus vaste génie :

Car quel mérite enfin ne vous fait estimer.

Sans parler de celui qui force à vous aim>2r?

Vous joignez à ces dons l'amour des beaux ouvrages

Vous y joignez un goût plus sûr que nos suffrages :

Don du ciel, qui peut seul tenir lieu des présents

Que nous font à regret le travail et les ans.

Peu de gens élevés, peu d'autres encor même.

Font voir par ces faveurs que Jupiter les aime.

Si quelque enfant des dieux les possède, c'est vous ;

Je l'ose dans ces vers soutenir devant tous.

Clio, sur son giron, à l'exemple d'Homère,

Vient de les retoucher, attentive à vous plaire :

I. L'écorçe a pressé sa langue. — 2. Tantôt : bientôt. — 3. La Fontaine fait allusion à ses chagrins domestiques.

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