‹ FablesChapitre 141 sur 343 · L'ANE ET SES MAITRES · texte numérisé non relu

L'ANE ET SES MAITRES

L'âne d'un jardinier se plaignait au Destin De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. Les coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin,

Je suis plus malineux encore.

Et pourquoi? pour porter des herbes au marché. BeÛe nécessite d'interrompre mon somme !

Le Sort, de sa plainte touché.

Lui donne un autre maître ; et l'animal de somme Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur.

La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente bête. " J'ai regret, disait-il, à mon premier seigneur :

Encor, quand il tournait la tète,

J'attrapais, s'il m'en souvient bien.

Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien : Mais ici point d'aubaine, ou si j'en ai quelqu'une : C'est de coups. II obtint changement de fortune ;

Et sur l'état d'un charbonnier

Il fut couché tout le dernier.

Autre plainte. Quoi donc ! dit le Sort en colère,

Ce baudet-ci m'occupe autant ^ Que cent monarques pourraient faire !

Croit-il être le seul qui ne soit pas content ? N'ai-je en l'esprit que son affaire?

Le Sort avait raison. Tous gens sont ainsi foits : • IVotre condition jamais ne nous contente ;

La pire est toujours la présente.

Nous fatiguons le ciel à force de placets.

Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête,

Nous lui romprons eAcor la tête.

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