‹ FablesChapitre 17 sur 343 · LIVRE 1. FABLE XI · texte numérisé non relu

LIVRE 1. FABLE XI

lin agneau se désaltérait

Dans le courant d*une onde pure.

Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu'elle considère

Que je m*en vas désaltérant Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d'elle ; Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ; El je sais que de moi tu médis Tan passé.

Gomment Taurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère. —

Si ce n'est toi c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens;

Car vous ne m'épargnez guère.

Vous, vos bergers et vos chiens.

On me Ta dit : il faut que je me venge.

Là-dessus, au fond des forets

Le loup l'emporte, et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

L'HOMME ET SON IMAGE POen M. LE DUC DE LA ROCHEFOCGADLD *

Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux

Passait dans son esprit pour le plus beau du monde :

* François, duc de la Rochofoucauld, né en 1613, et mort en 1680. Il est célèbre par son ouvrage des Réflexions et maximes morales.

Page 1