LIVRE 1. FABLE XI
lin agneau se désaltérait
Dans le courant d*une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je m*en vas désaltérant Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'elle ; Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ; El je sais que de moi tu médis Tan passé.
Gomment Taurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère. —
Si ce n'est toi c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens;
Car vous ne m'épargnez guère.
Vous, vos bergers et vos chiens.
On me Ta dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forets
Le loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
L'HOMME ET SON IMAGE POen M. LE DUC DE LA ROCHEFOCGADLD *
Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux
Passait dans son esprit pour le plus beau du monde :
* François, duc de la Rochofoucauld, né en 1613, et mort en 1680. Il est célèbre par son ouvrage des Réflexions et maximes morales.