‹ FablesChapitre 18 sur 343 · LIVRE I. FABLE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I. FABLE XII

11 accusait toujours les miroirs d*être faux, Vivant plus que content dans son erreur profonde. kûa de le guérir, le sort officieux

Présentait partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames : Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands.

Miroirs aux poches des galants,

Miroirs aux ceintures des femmes.

Que fait notre Narcisse? 11 se va confiner Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer. N'osant plus des miroirs éprouver Taventure.

Mais un canal, formé par une source pure,

Se trouve en ces lieux écartés :

11 s'y voit, il se fâche, et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine.

Il fiiit tout ce qu'il peut pour éviter cette eau :

Mais quoi ! le canal est si heau

Qu'il ne le quitte qu'avec peine.

On voit bien où je veux venir.

Je parle à tous ; et cette erreur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir.

Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même î Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui, Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes; Et quant au canal, c'est celui Que chacun sait, le livre des Maximes.

Page 1