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LE CURÉ ET LA MORT

Un mort s^en allait tristement S'emparer de son dernier gîte ; Un curé s'en allait gaîment

* Triste, fâché.

* Homme sans valeur.

203 LfVRE Vil. FÀBLB XI.

Enterrer ce mort au plus vile.

Notre défunt était en carrosse porté,

Bien et dûment empaqueté, Et vêtu d'une robe, h^las ! qu'on nomme bière,

Robe d'hiver, robe d'été.

Que les morts ne dépouillent guère.

Le pasteur élait à côté

fît récitait, à l'ordinaire.

Maintes dévotes oraisons,

Et des psaumes et des leçons,

Et des versets et des répons :

Monsieur le mort, laissez-nous faire.

On vous en donnera de toutes les façons ;

Il ne s'agit que du salaire.

Messire Jean Ghouart couvait des yeux son mort, Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor ;

Et des regards semblait lui dire :

Monsieur le mort, j'aurai de vous

Tant en argent et tant en cire.

Et tant en antres menus coûts.

A fondait là-dessus l'achat d'une feuillette

Du meilleur vin des environs :

Certaine niâce assez proprette

Et sa ehambrière Pâquette

Devaient avoir des c(mlloDS.

Sur cette agréable pensée

Un heurt survient : adieu le char.

Voilà messire Jean Chouart •Qui du choc de son mort a la tête cassée :

Le paroissien en plomb entraîne son pasteur ;

Notre curé suit son seigneur ;

Tous deux s'en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie £st le curé Chouart qui sur son mort comptait, Et la fable du Pot au lait.

L'HOMME QUI COURT APRftS LA FORTUNE, ET L'HCMME QUI L'ATTEND DANS SON LIT

Qui ne court après la fortune 7 Je voudrais être en lieu d'où je pusse aisément

Contempler la foule importune

De ceux qui cherchent vainement Cette fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d'un volage fantôme.

Quand ils sont près du bon moment.

L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe. Pauvres gens ! je les plains ; car on a pour les fous

Plus de pitié que de courroux.

Cet homme, disent-ils, était planteur de ehoui;

Et le voilà devenu pape !

Ne le valons-nous pas ? Vous valez cent iois mîaia :

Mais que vous sert votre mérite ?

La Fortune a-t-elle des yeux?

Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quitta. Le repos ? le repos, trésor si précieux

JÎOi LIVRE ni. FABLE XII.

Qu'on en faisait jadis le partage des dieux ! Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.

Ne cherchez point cette déesse, Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi.

Certain couple d*amis, en un bourg établi, Possédait quelque bien. L*un soupirait sans cesse Pour la Fortune ; il dit à l'autre un jour :

Si nous quittions notre séjour?

Vous savez que nul n'est prophète En son pays : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez, dit l'autre ami ; pour moi, je ne souhaite

Ni climats, ni destins meilleurs.

Contentez-vous, suivez votre humeur inquiète : Vous reviendrez bientôt. Je fais vœu cependant

De dormir en vous attendant.

L'ambitieux, ou, si l'on veut, l'avare.

S'en va par voie et par chemin.

Il arriva le lendemam En un lieu que devait la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu, c'est la cour. Là donc pour quelque temps il û\e son séjour, Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures

Que l'on sait être les meilleures ; ùvef, se trouvant à tout et n'arrivant à rien. Qu'est-ce ci? se dit-il : cherchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures.

Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci,

Chez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse ?

On me l'avait bien dit, que des gens de ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse. Adieu, messieurs de cour; messieurs de cour, adieu : Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, dit-on, des temples à Surate :

Allons là. Ce fut un de dire et s'embarquer.

Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route,

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