‹ FablesChapitre 184 sur 343 · LIVRE Vlir. FADLE III, Î · texte numérisé non relu

LIVRE Vlir. FADLE III, Î

Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte ; et je n'entasse guère Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la tin

J'attrape le bout de l'année ;

Chaque jour amène son pain. — - Eh bien! que gagnez-vous, dites-moi, par journée? Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes), Le mal est que dans Tan s'entremêlent des jours

Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes :

L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône. Le financier, riant de sa naïveté.

Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. Prenez ces cent écus ; çardez-les avec soin.

Pour vous en servir au besoin.

Le savetier crut voir tout l'argent que la terre

Avait, depuis plus de cent ans.

Produit pour 1 usage des gens!

Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre

L'argent, et sa joie à la fois.

Plus de chant : il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.

Le sommeil quitta son logis :

Il eut pour hôtes les soucis.

Les soupçons, les alarmes vaines.

Tout le jour il avait Tœil au guet ; et la nuit.

Si quelque chat faisait du bruit> Le chat prenait l'argent. A la fin le pauvre homme S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus : Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme ;

Et reprenez vos cent écus.

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