LIVRE Vlir. FADLE III, Î
Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte ; et je n'entasse guère Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la tin
J'attrape le bout de l'année ;
Chaque jour amène son pain. — - Eh bien! que gagnez-vous, dites-moi, par journée? Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes), Le mal est que dans Tan s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes :
L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône. Le financier, riant de sa naïveté.
Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. Prenez ces cent écus ; çardez-les avec soin.
Pour vous en servir au besoin.
Le savetier crut voir tout l'argent que la terre
Avait, depuis plus de cent ans.
Produit pour 1 usage des gens!
Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre
L'argent, et sa joie à la fois.
Plus de chant : il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.
Le sommeil quitta son logis :
Il eut pour hôtes les soucis.
Les soupçons, les alarmes vaines.
Tout le jour il avait Tœil au guet ; et la nuit.
Si quelque chat faisait du bruit> Le chat prenait l'argent. A la fin le pauvre homme S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus : Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme ;
Et reprenez vos cent écus.