‹ FablesChapitre 189 sur 343 · LES FEMMES ET LE SECRET · texte numérisé non relu

LES FEMMES ET LE SECRET

Rien ne pèse tant qu'ua secret ; Le porter loin est difticile aux dames ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes.

Pour éprouver la sienne un mari s'écria,

La nuit, étant près à'elle : dieux ! qu'est-ce cela?

' Allosion au conte de Perrault portant ce titre.

Je n'en puis plus ! on me déchire !

Quoi ! j'accouche d'un œuf ! — D'un œuf! — Oui, le voilà Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire; On m'appellerait poule. Enfin n'en parlez pas.

La lemme neuve sur ce cas,

Ainsi que sur mainte autre affaire, Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire ;

Mais ce serment s'évanouit

Avec les ombres de la nuit.

L épouse, indiscrète et peu fine, Sort du lit quand le jour fut à peine levé ;

Et de courir chez sa voisine :

Ma conmière, dit-elle, un cas est arrivé ; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre : Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.

Au nom de Dieu, gardez-vous bien

D'aller publier ce mystère.

Vous moquez-vous? dit l'autre : ah ! vous ne savez guère

Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.

La fenune du pondeur s'en retourne chez elle.

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