‹ FablesChapitre 191 sur 343 · LIVRE VIII. FABLE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. FABLE VII

Cert?ain chien, qui portail la pitance au logis, S'était fait un collier du dîné de son maître. Il était tempérant, plus qu'il n'eût voulu l'êtro

Quand il vopit un mets eiquis ; - Mais enfin il l'était ; et, tous tant que nous sommes, Nous nous laissons tenter à l'approche des biens. Chose étrange 1 on apprend la tempérance aux chiens.

Et l'on ne peut rapprendre aux hommes !

^e chien-ci donc étant de la sorte atounié, ^n mâtin passe, et veut lui prendre le dîné.

Il n'en eut pas toute la joie Qu'il espérait d'abord : le chien mit bas la proie. Pour la défendre mieux n'en étant plus chargé.

Grand combat, d'autres chiens arrivent :

Us étaient de ceux-là qui vivent Sur le public, et craignent peu les coups.

Notre chien, se voyant trop faible contre eux tous. Et que la chair courait un danger manifeste, Voukit avoir sa part ; et, hii sage, il leur dit : Point de courroux, messieurs ; mon lopin me suffît :

Faites votre profit du reste.

A ces mote, le premier il vous happe un morceau. Et chacun de tirer, le mâtin, la canaille, A qui mieux mieux : ik tirait tons ripaiite ; Chacun d'eux eut une part an gâtean.

Je crois voir en ceci l'image d*ttne viBe

Où Ton met les deniers à la merci des gens.

Echevins, prévôt des marchands,

Tout fait sa main : le plus habile Donne aux autres l'exemple, et c'est un passe-temps De leur voir nettoyer un monceau de pistoles. Si quelque scrupiûeux, par des raisons frivoles,

^®1<^re 1 argent et dit le moindre mot,

On lui fait voir qu'il est un sot.

D n'a pas de peine à se rendre :

C'est bientôt le premier à prendre.

UVRE VIII. FADLE VIII. 'iâl

LE RICUn ET LES POISSONS

On cherckc les rieurs, et moi je les évite.

Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite ;

Dieu ne créa que pour les sots

Les méchants diseurs de bons mots.

J'en vais peut-être en une fable

Introduire un ; peut-^tre aussi Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.

Un rieur était à la tal>le D'un financier, et n'avait en son coin Que de petits poissons : tous les gros étaient lom. 11 prend donc ies menus, puis leur parle à ToreiUe ;

£t puis il feint, à la pareille ', D'écouter leur réponse. On demeura surpris ;

Cela suspendit les esprits.

Le rieur alors, d'un ton sa^e.

Dit qu'il craignait qu'un sien ami.

Pour les grandes Indes parti,

N'eût depuis un an fait naufhige.

Il s'en informait donc à ce menu fretin :

Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient pas d'un âge

A savoir au vrai son destin;

Les gros en sauraient davantj^e.

N'en puis-je donc, messieurs, un gros interroger?

De dire si la compagnie

Prit goût à sa plaisanterie, yen doute ; mais enfin il les sut engager A lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus

Qui n'en étaient pas revenus,* Et que depuis cent ans sous l'abîme avaient vus

Les anciens dû vaste empire.

* A son tour.

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