WES OBSÈQUES DE LA LIONNE
La femme du lion mourut ;
Aussitôt chacun accourut
Pour s'acquitter envers le prince De certains compliments de consolation,
Qui sont surcroît d'affliction.
U fit avertir sa province
Que les obsèques se feraient Un tel jour, en tel lieu ; ses prévôts y seraient
Pour régler la cérémonie
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s'y trouva.
Le prince aux cris s'abandonna,
Et tout son antre en résonna :
Les lions n'ont point d'autre temple.
On entendit, à son exemple, Rugir en leur patois messieurs les courtisans.
Je définis la cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu'il plait au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le paraître.
Peuple caméléon, peuple singe du maître ; On dirait qu'un esprit anime mille corps :
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.
Pour revenir à notre affaire, Le cerf ne pleura point. Gomment l'eût-il pu faire ? Cette mort le vengeait : la reine avait jadis
Etranglé sa femme et son fils.