LIVRE VIII. FABLE XXVI
Par lettres et par ambassade, A venir rétablir la raison du malade.
Notre concitoyen, disaient-ils en pleurant, Perd l'esprit : la lecture a gâté Démocrite.
Nous Testimerions plus s'il était ignorant.
Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite :
Peut-être même ils sont remplis
De Démocrites infinis.
Non content de ce songe, il y joint les atomes, Enfants d'un cerveau creux, mvisibles fantômes ; Et, mesurant les cieux sans bouger d'ici-bas, Jl connaît l'univers, et ne se connaît pas.
Un temps fut qu'il savait accorder les débats :
Maintenant il parle à lui-même.
Venez, divin mortel; sa folie est extrême.
Ilippocrate n'eut pas trop de foi pour ces gens ; Cependant il partit. Et voyez, je vous prie.
Quelles rencontres dans la vie Le sort cause ! Ilippocrate arriva dans le temps Que celui qu'on disait n'avoir raison ni sens
Chercnait, dans l'homme et dans la bête, Quel siège a la raison, soit le cœur, soit la tête. Sous un ombrage épais, assis près d'un ruisseau,
Les labyrinthes d'un cerveau L'occupaient. Il avait à ses pieds maint volum«. Et ne vit presque pas son ami s'avancer,
Attaché selon sa coutume.
Leur compliment fut court, ainsi qu'on peut penser : Le sage est ménager du temps et des paroles.
Ayant donc mis à part les entretiens frivoles. Et beaucoup raisonné sur l'homme et sur l'esprit,
Ils tombèrent sur la morale.
Il n'est pas besoin que j'étale
Tout ce que l'un et l'autre dit.
Le récit précédent sufîit Pour montrer que le peuple est juge récusable. En quel sens est donc véritable
'iS6 LIVRE VIII. FABLE XIVII.
Ce que j'ai lu dans certain lieu, Que sa voix est la voix de Dieu?
LE LOUP ET LE CHAMEyfl
Fureur d'accumuler, monstre de qui les yeux Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux, Te combattrai-j« en vain sans cesse en cet ouvrage 1 <îuel temps demandes-tu pour suivre mes leçons? L'homme, sourd à ma voix comme à ceUe du sage, Ne dira-t-il jamais : C'est asseï, jouissons? Hâte-toi, mon ami, tu n'as pas tant à vivre.
•Je te rebats ce mot ; car il vaut tout un livre : Jouis. — Je le ferai. — Mais quand donc? — Dès demain.- Ëh ! mon ami, la mort te peut pi^endre en chemin : Jouis dès aujourd'hui : redoute un sort semblable A celui du chasseur et du loup de ma fable.
Le premier de son arc avait mis bas un daim.
Un faon de biche passe, et le voilà soudain ■Compagnon du défunt : tous deux gisent sur l'herbe. La proie était honnête, un daim avec un faon ; Tout modeste chasseur en eût été content :
Cependant un sanglier, monstre énenne et superbe. Tente encor notre archer, friaad de tels morceaux. Autre habitant du Styx : la Parque et ses ciseaux Avec peine y mordaient ; la déesse infernale Reprit à plusieurs fois 1 heure au monstre fatale. De la force du coup pourtant il s'abattit.
C'était assez de biens. Mais quoi ! rien ne remplit Les vastes appétits d'un faiseur de con({uétes. Dans le temps que le porc revient à soi, Tarcher Voit le long d'un sillon une perdrix marcher;
Surcroît chétif aux autres létes :
De son arc toutefois il bande les ressorts.
Le sanglier rappelant les restes de sa vie,
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