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LIVRE IX. FABLE XV

Je le crois ; c'était un mari.

Il ne tint point à Thyménée

Que, content de sa destinée,

11 n'en remerciât les dieux.

Mais quoi ! si l'amour n'assaisonne

Les plaisirs que l'hymen nous donne.

Je ne vois pas qu'on en soit mieux.

Notre épouse étant donc de la sorte bâtie.

Et n'ayant caressé son mari de sa vie, 11 en faisait sa plainte une nuit. Un voleur

Interrompit la doléance.

La pauvre femme eut si grand'jieur

Qu'elle chercha quelque assurance

Entre les bras de son époux.

Ami voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux Me serait inconnu ! Prends donc en récompense Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance ; Prends le logis aussi. Les voleurs ne sont pas

Gens honteux ni fort délicats :

Celui-ci fit sa main.

J'infère de ce conte

Que la plus forte passion C'est la peur : elle fait vaincre Taversion, Jilt l'amour quelquefois ; quelquefois il la dompte :

J'en ai pour preuve cet amant Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame,

L'emportant à travers la flamme.

J'aime assez cet emportement ; Le conte m'en a plu toujours infiniment :

Il est bien d'une âme espagnole,

Et plus grande encore que folle *.

' Allusion à l'aventure du comte de Villa-Medina avecÉlisahetli (le France, fille de Henri IV, et femme de Pliilippe IV, roi d'Espagne. Pour attirer Elisabeth chez lui, le comte de Villa-Medina imagina de donner à toute la cour un spectacle qu'il fit monter à grands frais. Pendant la représentation, il lit mettre le feu à son propre palais : puis, profitant du désordre causé par les flamme» qui s'élevaient cfe toutes parts, il s'empara de la reine, et satisfit

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