LE TRESOR ET LES DEUX HOMMES
Tn homme n'ayant plus ni crédit ni ressource,
Et logeant le diable en sa bourse *,
C'est-à-dire n'y logeant rien,
S'imagina qu'il ferait bien De se pendre et finir lui-même sa misère, l'uisqu'aussi bien sans lui la faim le viendrait faire :
Geni*e de mort qui ne duit^ pas A gens peu curieux de goûter le trépas, hans cette intention, une vieille masure Fut la scène où devait se passer l'aventure : II y porte une corde, et veut avec un clou Au haut d'un certain mur attacher le licou. *
La muraille, vieille et peu forte, S'ébranle aux premiers coups, tombe avec un trésor. Notre désespéré le ramasse et remporte.
Laisse là le licou, s'en retourne avec Tor, Sans compter : ronde ou non, la somme plut au sire. Tandis que le galant à grands pas se retire, L'homme au trésor arrive et trouve son argent
Absent.
Quoi ! dit-il, sans mourir, je perdrai cette somme ! .'c ne me pendrai pas ! El vraiment si ferai,
Ou de corde ^e manquerai.
I.o lacs était tout prêt ; il n'y manquait qu'un homme : Celui-ci se l'attache, et se pend bien et beau.
Ce qui le consola, peut-être, Fut qu'un autre eut, pour lui, fait les frais du cordeau. Aussi bien que Targent, le licou trouva maître.
L'avare rarement finit ses jours sans nleurs ; Il a le moins de part aux trésors qu'il enserre :
ainsi le désir qu'il avait de la posséder quelques instants dans ses bras.
^ Sans argent.
* Qui ne plait pas.
<m LIVRE IX. FABLE XVH.
Thésaurisant pour les voleurs, Pour ses parents ou pour la terre.
Mais que dire du troc que la Fortune fit ?
Ce sont là de ses traits ; elle s'en divertit : Plus le iour est bizarre, et plus elle est contente.
Cette déesse inconstante
Se mit alors en l'esprit
De voir un homme se pendre ;
Et celui qui se pendit
S'v devait le moins attendre.
XVK