‹ FablesChapitre 250 sur 343 · LIVRE X. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE I

Et fait du miel de toute chose.

Ce fondement posé, ne trouvez pas mauvais (Ju'en ces fables aussi j'entremêle des traits

De certaine philosophie

Subtile, engageante et hardie.

On l'appelle nouvelle : en avez-vous ou non

Ouï parler ? Ils disent donc

Que la béte est une machine ; Ou'en elle tout se fait sans choix et par ressorts : Nul sentiment, point d*àme ; en elle tout est corps.

Telle est la montre qui chemine A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein ;

Ouvrez-la, lisez dans son sein :

Mainte roue y tient lieu de tout Tesprit du monde ;

La première y meut la seconae ; Une troisième suit : elle sonne à la fin.

Au dire de ces gens, la béte est toute telle.

L'objet la frappe en un endroit ;

Ce lieu frappe s'en va tout droit.

Selon nous, au voisin en porter la nouvelle.

Le sens de proche en proche aussitôt la reçoit. L'impression se fait : mais comment se fait-elle?

Selon eux, par nécessité.

Sans passion, sans volonté :

L'animal se sent agité De mouvements que le vulgaire appelle Tristesse, joie, amour, plaisir, douleur cruelle.

Ou quelque autre de ces états.

Mais ce n est point cela : ne vous y trompez pas. Qu'est-ce donc? Une montre. Et nous ? C'est autre chose. Voici de la façon que Descartes l'expose.

Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu

Chez les païens, et qui tient le milieu Entre Thomme et l'esprit, comme entre l'huître et l'homme Le tient tel de nos gens, franche -bête de somme ; Voici, dis-je, comment raisonne cet auteur :

Sur tous les animaux, enfants du Créateur, J'ai le don de penser ; et je sais que je pense.

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