‹ FablesChapitre 255 sur 343 · LA TORTUE ET LES DEUX CANARDS · texte numérisé non relu

LA TORTUE ET LES DEUX CANARDS

Une tortue était à la tête légère.

Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays.

Volontiers on fait cas d'une terre étrangère ; Volontiers gens boiteux haïssent le logis.

Deux canards, à qui la commère

Communiqua ce oeau dessein, Lui dirent qu'il avaient de quoi la satisfaire.

Voyez-vous ce large chemin ?

Nous vous voilurerons, par l'air, en Amérique ;

Vous verrez mainte république, Maint royaume, maint peuple, et vous profiterez Des différentes mœurs que vous remarquerez.

Ulysse en fit autant. On ne s'attendait guère

De voir Ulysse en cette affaire.

* Sa récompense.

La tortue écouta la proposition.

Marché fait, les oiseaux forgent une machine

Pour transporter la pèlerine.

Dans la gueule, en travers, on lui passe un bâton. Serrez bien, dirent-ils ; gardez de lâcher prise. Puis chaque canard prend ce bâton par un bout. La tortue enlevée, on s*étonne partout

De voir aller en cette cuise

L'animal lent et sa maison, Justement au milieu de Pun et Pautre oison.

Miracle! criait-on : venez voir dans les nues

Passer la reine des tortues.

La reine ! vraiment oui : je la suis en effet ; Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait De passer son chemin sans dire aucune chose ; Car, lâchant le bâton en desserrant les dents. Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants. Son indiscrétion de sa perte fut cause.

Imprudence, babil et sotte vanité, El vaine curiosité,

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