‹ FablesChapitre 261 sur 343 · LIVRE X. FABLE IX · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE IX

Ce peuple cependant, fort souvent en furie, Pour la dame étrangère ayant peu de respect, Lui donnait fort, souvent d'horribles coups de bec.

D*abord elle en fut affligée ; Mais sitôt qu'elle eut vu cette troupe enragée S'entre-battre elle-même et se percer les flancs, Elle se consola. Ce sont leurs mœurs, dit^elle; Ne les accusons point, plaignons plutôt ces gens :

Jupiter sur un seul modèle

N'a pas formé tous les esprits; Il est des naturels de coqs et de perdrix.

S'il dépendait de moi, je passerais ma vie

En plus honnête compagnie.

Le maître de ces lieux en ordonne autrement;

Il nous prend avec des tonnelles, Nous loge avec des coqs et nous coupe les ailes ; C'est de l'homme qu'il faut se plaindre seulement.

JX

LE CHIEN A QUI ON A COUPÉ l ES OREILLES

Qu'ai-je fait, pour me voir ainsi

Mutilé par mon propre maître?

Le bel état où me voici !

Devant les autres chiens oserai-je paraître?

rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans.

Qui vous ferait choses pareilles !

Ainsi parlait Mouflar, jeune dogue ; et les gens, Peu touchés de ses cris douloureux et perçants, Venaient de lui couper sans pitié les oreilles. Mouflar y croyait perdre. 11 vit avec le temps Q'il y gagnait beaucoup, car, étant de nature A piller ses pareils, mainte mésaventure

L'aurait fait retourner chez lui Avec cette partie en cent lieux altérée :

Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée.

Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d'autrui, C'est le mieux. Quand on n'a qu un endroit à défendre,

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