LIVRE X. FABLE IX
Ce peuple cependant, fort souvent en furie, Pour la dame étrangère ayant peu de respect, Lui donnait fort, souvent d'horribles coups de bec.
D*abord elle en fut affligée ; Mais sitôt qu'elle eut vu cette troupe enragée S'entre-battre elle-même et se percer les flancs, Elle se consola. Ce sont leurs mœurs, dit^elle; Ne les accusons point, plaignons plutôt ces gens :
Jupiter sur un seul modèle
N'a pas formé tous les esprits; Il est des naturels de coqs et de perdrix.
S'il dépendait de moi, je passerais ma vie
En plus honnête compagnie.
Le maître de ces lieux en ordonne autrement;
Il nous prend avec des tonnelles, Nous loge avec des coqs et nous coupe les ailes ; C'est de l'homme qu'il faut se plaindre seulement.
JX
LE CHIEN A QUI ON A COUPÉ l ES OREILLES
Qu'ai-je fait, pour me voir ainsi
Mutilé par mon propre maître?
Le bel état où me voici !
Devant les autres chiens oserai-je paraître?
rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans.
Qui vous ferait choses pareilles !
Ainsi parlait Mouflar, jeune dogue ; et les gens, Peu touchés de ses cris douloureux et perçants, Venaient de lui couper sans pitié les oreilles. Mouflar y croyait perdre. 11 vit avec le temps Q'il y gagnait beaucoup, car, étant de nature A piller ses pareils, mainte mésaventure
L'aurait fait retourner chez lui Avec cette partie en cent lieux altérée :
Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée.
Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d'autrui, C'est le mieux. Quand on n'a qu un endroit à défendre,