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LE BERGER ET LE ROI

Deux démons à lem' gré partagent notre vie, Et de son patrimoine ont chassé la raison ; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie : Si vous me demandez leur état et leur nom, J'appelle l'un Amour, et l'autre Ambition.

Cette dernière étend le plus loin son empire ;

Car même elle entre dans Tamour.

Je le ferais bien voir ; mais mon but est de dire Gomme un roi fil venir un berger à sa cour.

Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes.

Ce roi vit un troupeau qui couvrait tous les champs.

Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans.

Grâce aux soins du berger, de très-notables sommes.

Le berger plut au roi par ses soins diligents.

Tu mérites, dit-il, d'être pasteur de gens :

Laisse là tes moutons, viens conduire des hommes ;

Je te fais juge souverain.

Voilà notre berger la balance à la main.

Quoiqu'il n'eût guère vu d'autres gens qu'un ermite, Son troupeau, ses mâtins, le loup, et puis c'est tout, 11 avait du bon sens ; le reste vient ensuite :

Bref, il en vint fort bien à bout.

L'ermite son voisin accourut pour lui dire ; Veillé-je? et n'est-ce point un songe que je vois ! Vous, favori ! vous, grand ! Défiez-vous des rois ; Leur faveur est glissante : on s'y trompe ; et le pire, C'est qu'il en coûte cher : de pareilles erreurs Ne produisent jamais que d'illustres malheurs

* Collier.

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