LIVRE XII. FABLE XV
Il avait trop de jugement.
Le corbeau donc vole et revole.
Sur son rapport, les trois amis
Tiennent conseil. Deux sont d'avis
De se transporter sans remise
Au lieu où la gazelle est prise.
1/ autre, dit le corbeau, gardera le logis :
Avec son marcher lent, quand arriverait-elle?
Après la mort de la gazelle.
Ces mots à peine dits, ils s'en vont secourir
Leur chère et Cdèle compagne,
Pauvre chevrette de montagne.
La tortue y voulut courir :
La voilà comme eux en campagne.
Maudissant ses pieds courts avec juste raison, Et la nécessité ae porter sa maison.
Ronge-maille (le rat eut à bon droit ce nom) Coupe les nœuds du lacs : on peut penser la joie. Le chasseur vient et dit : Qui m'a ravi ma proie? Rongemaille, à ces mots, se retire en un trou. Le corbeau sur un arbre, en un bois la gazelle :
Et le chasseur, à demi fou
De n'en avoir nulle nouvelle.
Aperçoit la tortue, et relient son courroux.
D'où vient, dit-il, que je m'effraie?
Je veux qu'à mon souper celle-ci me défraie.
11 la mit dans son sac. Elle eût payé pour tous, Si le corbeau n'en eût averti la chevrette.
Celle-ci, quittant sa retraite, Contrefait la boiteuse et vient se présenter.
L'homme de suivre, et de jeter Tout ce qui lui pesait : si bien que Rongemaille Autour des nœuds du sac tant opère et travaille,
Qu'il délivre encor l'autre sœur.
Sur qui s'était fondé le souper du chasseur.
Pilpay conte qu'ainsi la chose s'est passée.
Pour peu que je voulusse invoquer Apollon,
Tk» litre xiï. fable xn.
J'en ferais, pour vous plaire, «n ouvrage aussi Imig
Que riliade ou rCklyssée.
Mongemaille ferait le principal tiéros, Quoique, à vrai dire, ici dracwi soit néoessaife. Porte-maison l'infante y tient de tels fràfos^
Que monsieur du corbeau Ta €nre Office d'espion, et puis de messager La gazelle a d'aillenrs îadresse d'engager Le chasseur à donner du temps à Rongenailie.
Ainsi chacun dans son endroit
S'entremet, a^it et traTaille.
A qui donner le prix? kn cœur, si Ton m'en croie Que n'ose et que ne peut l'amitié TÎolente !
Cet autre sentiment que l'on appelle amour Mérite moins d'honneur ; cependant chaque jour
Je le célèbre et je le cirante, ilélas ! il n'en rend pas mon âme phis contente ! Vous protégez sa sœur, il suffit ; et mes Ters Vont s engager pour elle à des tons tout diTers. Mon maître était TÂmour ; j'en vais servir un autre.
Et porter par tout Tunivers
Sa gloire aussi bien que la Totre.
XYI
Lh FORÊT Er LE BUCHERON
Un bûcheron Tenait de rompre ou d'égarer Le bois dont il avait emmanché sa cognée.
Cette perte ne put sitôt se réparer Que la forêt n'en fût quelcpie temps épargnée.
L'homme enfin la prie humUement
De lui laisser fout aoucement
Emporter une unique branche,
Afin de faire un autre manche :
Il irait employer ailleurs son gagne-pain ; Il laisserait debout maint chêne et maint sapin Dont chacun respectait la vieillesse et les chanaes. L'innocente forêt lui fournit d'autres armes ;
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Elle en eut du regret. Il emmanche son fer :
Le misérable ne s'en sert Qu'à dépouiller sa bienfaitrice De ses principaux ornements.
Elle gémit à tous moments :
Son propre don fait son supplice.
Voilà le train du monde et de ses sectateurs : On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs. Je SUIS las d'en parler. Mais que de doux ombrages
Soient exposés à ces outrages,
Qui ne se plaindrait ià-dessus ?
Hélas ! j'ai beau crier et me rendre incommode,
L'mgratitude et les abus
N'en seront pas moins à la mode.