MVRE II. FABLE XI
Et fort empêchés se trouvèrent.
L'ànier, qui tous les jours traversait ce gué-là,
Sur Tàne à Téponge monta,
Chassant devant lui l'autre béte,
Qui, voulant en faire à sa tête.
Dans un trou se précipita,
Revint sur l'eau, puis échappa :
Car au bout de quelques nagées,
Tout son sel se fondit si bien
Que le baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées.
Camarade épongier prit exemple sur lui, Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrni. Voilà mon âne à l'eau ; jusqu'au col il se plonge,
Lui, le conducteur et l'éponge.
Tous trois burent d'autant : l'ànier et le grison
Firent à l'éponge raison.
Celle-ci devint si pesante.
Et de tant d'eau s'emplit d'abord.
Que râne succombant ne put gagner le bord.
L'ànier l'embrassait, dans l'attente
D'une prompte et certaine mort.
Quelqu'un vint au secours : qui ce fut, il n'importe ; C'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point
Agir chacun de même sorte.
J'en voulais venir à ce point.