‹ FablesChapitre 4 sur 343 · J. DE LA FONTAINE · texte numérisé non relu

J. DE LA FONTAINE

L'indulgence qne l'on a eue pour qutlques-unes de mes fables me donne lieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un des maîtres de notre éloquence * n'ait désapprouvé le dessejn de les mettre en yers : il a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun ; que d'aiÛeurs la contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de notre langue, m'embarrasserait en beaucoup d'endroits, et bannirait de la plupart de ces récits la brièveté, qu'on peut forl bien appeler Time du conte, puisque sans elle il faut nécessairement qu'il languisse. Cette opinion ne saurait partir que d'un homme d'excelîeflt goût ; je demanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu et qu'il crût que les grâces lacédémcHEÛenn^ ne sont pas teHement ennemies des muses françaises que l'on ne paisse souvent les &ire marcher de compagnie.

« La FoDtaine désigne ici Olivier Patni, avocat au parlement de Paris, considéré comme l'un des meilleurs critiques de son temps. 21 faat reconnaître cependant qu'en cette circonstance» fiatm s'était uaciittècenicnft tsempé.

Après tout, je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pas dire des anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur celui des modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples qui font profession de poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate trouva à propos de les habiller des livrées des Muses. Ce que Platon en rapporte est si agréable que je ne puis m'empécher d'en faire un des ornements de cette préface. 11 dit que, Socrate étant condamné au dernier supplice, l'on remit l'exécution de l'arrêt à cause de certaines fêtes. Cébès T^lla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux l'avaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil, qu'il devait s'appliquer à la musique avant qu'il mourût. Il n'avait pas entendu d'abord ce que ce songe signifiait : car, comme la musique ne rend pas l'homme meilleur, à quoi bon s'y attacher? Il fallait qu'il y eût du mystère là-dessous, d'autant plus que les dieux ne se lassaient point de lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore venue une de ces fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses que le ciel pouvait exiger de lui, il s'était avisé que la musique et la poésie ont tant de rapport, que possible était-ce de la dernière qu'il s'agissait. 11 n'y a point de bonne poésie sans harmonie : mais il n'y en a point non plus sans iictions; et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin, il avait trouvé un tempérament : c'était de choisir des fables qui continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles d'Ésope. Il employa donc à les mettre en vers les derniers moments de sa vie.

Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poésie et nos fables. Phèdre a témoigné qu'il était de ce sentiment ; et, par l'excellence de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre, Aviénus a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis : nous en avons des exemples, non-seulement chez les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que, lorsque nos gens y ont travaillé, la langue était si différente de ce qu'elle est ^u'on ne les doit considérer que comme étrangers. Cela ne

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