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^e. -EicYOTi ent^reprise ; au c( •^^xve^ cjxie, si ic5 ne courais ( -> ^xx Tïvçi AoTiT\ei*ait au moins ]
^ î^e(J\\^^^^>AeV q^e mon travail fera n ^^%^lt>^ N\rT • ^^ porter la cliose plus loin. Ujg.^^vV\ ^Xi ^^ soit ép\i\sée, cpx'il reste enco il '^> Obt^^^^^'^^^ crne 3e n'en ai mis. J'ai chois
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^ ^^eompenle égayer Vouvrage plus qu'il n'a
i^làrned'en être demeuré dans ces termes : 1
AetaanAait pas davantage; et si l'on y
t^^ j^^^ reconnaîtra dans cet auteur le vrai c
^>^e, ovv . tç^^^^ce. La simplicité est magni
.^x^^oxunves: moi, qui n'ai pas 1^ perfectio
^T^^^ i^^ les ont eues, 3e ne la puis élever a un
^^^^o^f^c iàjiu se récompenser d ailleurs : c'est
/^/j^^/g ^^ia^^i plus de hardiesse, que Quintilier
/^ùf^^f^t^^^of^ égayer les narrations. Il ne s'agit
*iG fl*it ^*i^ r-aison : c'est assez que Quintilier
^*-^j^^*a sidéré que, ces fables étant sues de t
*-ien si je ne les rendais nouvelles
^fr-c
traits qui en relevassent le goût. C'est ce qu'on demande aujourd'hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire; niaig un certain charme, un air agréable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux.
Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet ouvrage qu'on en doit mesurer le prix que par son utilité et par sa matière : car qu'y a-t-il de recomniandable dans les productions de l'esprit qui ne se rencontre dans l'apologue ? C'est quelque chose de si divin, que plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué la plus grande partie de ces fables à Socrate, choisissant, pour leur servir de père, celui des mortels qui avait le plus de communication avec les dieux. Je ne sais comme ils n'ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables, et comme ils ne leur ont point assigné un dieu qui en eût la direction, ainsi qu'à la poésie et à l'éloquence. Ce que je dis n'est pas tout à fait sans fondement, puisque, s'il m'est permis de mêler ce que nous avons de plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la Vérité a parlé aux hommes par paraboles ; et la parabole est -elle autre chose que l'apologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec d'autant plus de facilité et d'effet qu'il est plus commun et plus familier? Qui ne nous proposerait à imiter que les maîtres de la sagesse nous fournirait un sujet d'excuse : il n'y en a point quand des abeilles et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande.
C'est pour ces raisons que Platon, ayant banni Homère de sa république, y a donné à Ésope une place très-honorable. 11 souhaite que les enfants sucent ces fables avec le lait ; il recommande aux nourrices de les leur apprendre : car on ni» saurait s'accoutumer de trop bonne heure à la sagesse et à hi vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos habitudes, i» laut travailler à les rendre bonnes pendant qu'elles sont encore indifférentes au bien ou au mal. Or, quelle méthode y peut contribuer plus utilement que ces fables ? Dites à un enfant que Crassus, allant contre les Parthes, s'engagea dans leur pays sans considérer comment il en sortirait, que cela le
DE J. DE LA PONTAINE. It
fit périr lui et son armée, quelque effort qu'il fît pour se re>tirer. Ditet a« même enfant que le renard et le bouc de»cendirent au fond d'un puits pour y éteindre leur soif; que le renard en aortit a'étant senri dea épaules et des cornes de son camarade comme d'une échelle ; au contraire, le bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prévoyance ; et par consé<fiient il faut considérer en toute ciMiee la fin : je demande lequel de ces deux exem|iles fera le plus d'impression sur cet enteit. Ne s'arréiera-t-il pas au dernier, comme phis confome et moins disproportionné que l'autre à la petitesse de son esprit? U oe làut pas m'alléguer que les pensées de l'enfanée sont d'ellea^oiémes aasez enfantines, sans y joindre enonre de novrelles bedineries. Ces badineries ne sont telles qa'en apparence; car dans le fond, elles portent un seiw très-eolide. Et comme, par la définition du points de la ligne, de la surface^ et par d'autres principes très-familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enfin le ciel et la terre, de même aussi, par les raisonnements et conséquences que l'on peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les mœurs, on se rend capable des grandes choses.
Rlle9 ne sont pas seulement morales, elles donnent encore d'antres connaisMaees : les propriétés des animaux et leurs liivers caractères y sont exprimés ; par conséquent les nôtres aussi, pui^ne nous sommes l'abr^é de ce qu'il y a de bon et de iw amais daDsles créatures irraisonnables. Quand Prométhée vwilvt fermer l'imanna,, il prit la qualité dominante de chaque bête : de ces pièces si dÛférentes il composa notre espèce ; il fit cet ouvrage qu'on appelle le Petit-Monde. Ainsi ces fables sont vn tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce qu'elles nous représentent confirme les personnes d'âge avancé dans les connaissances que l'usage leur a données, et apprend aux enfants ce qu'il faut qu'ils sachent. Gomme ces derniers sont nouveaux venus dans le monde, ils n'en c<mnaissent pas encore les habitants ; ils ne se connaissent pas eux-mêmes : on ne les doit laisser dans cette ignorance que le moins qu'on peut; il leur faut apprendre ce que c'est qu'un lion, un renard, ainsi du reste, et pourquoi Von compare quclque-
Ibis un homme ace renard ou à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent : les premières notions de ces choses proviennent d'elles.
J'ai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces; cependant je n'ai pas encore rendu raison de la conduite de mon ouvrage.
L'apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la fable : l'âme, la moralité. Aristote n'admet dans la fable que les animaux ; il en exclut les hommes et les plantes. Cette règle est moins de nécessité que de bienséance, puisque ni Ésope, ni Phèdre, ni aucun des fabulistes ne l'a gardée ; tout au contraire de la moralité, dont aucun ne se dispense. Que s'il m'est arrivé de le faire, ce n'a été que dans les endroits où elle n'a pu entrer avec grâce, et où il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce qui plaît : c'est la grande règle, et, pour ainsi dire, la seule. Je n'ai donc pas cru que ce fût un crime dépasser par-dessus les anciennes coutumes, lorsque je ne pouvais les mettre en usage sans leur faire tort. Du temps d'Ésope, la fable était contée simplement ; la moralité séparée et toujours ensuite. Phèdre est venu, qui ne s'est pas assujetti à cet ordre : il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité de la fin au commencement. Quand il serait nécessaire de lui trouver place, je ne manque à ce précepte que pour en observer un qui n'est pas moins important : c'est Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut pas qu'un écrivain s'opiniâtre contre l'incapacité de son esprit, ni contre celle de sa matière. Jamais, a ce qu'il prétend, un homme qui veut réussir n'en vient jusque-là ; il abandonne les choses dont il voit bien qu'il ne saurait rien faire de bon.
Et quac Desperat Iraclata nilescere posse, relinquit.
C'est ce que j'ai fait à l'égard de quelques moralités du succès desquelles je n'ai pas bien espéré.
Il ne reste plus qu'à parler de la vie d'Ésope. Je ne voL
DB J. DE LÀ FONTAINE. iZ
presque personne qui ne tienne pour fabuleuse celle que Planude ' nous a laissée. On s'imagine que cet auteur a voulu donner à son héros un <:aractère et des aventures qui répondînent à ses fables. Gela m'a paru d'abord spécieux; mais j'ai trouTé à la tin ]^u de certitude en cette critique. Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xantus et Ésope : on y trouve trop de niaisenes. Eh ! qui est le sage a qui de pareilles choses n'arrivent point ? Toute la vie de Socrate n'a paiété sérieuse. Ce qui me confirme en mon sentiment, c'est que le caractère que Plannde donne à Ésope est semblable à celui que Plutarque lui a donné dans son Banquet des sept Sages, c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse rien passer. On me dira que le Banquet des sept Sages est aussi une invention. Il est aisé de douter de tout : quant à moi, je ne vois pas bien pourquoi Plutarque aurait vDulu imposer à la postérité dans ce traité-là , lui qui fait profession d'être véritable partout ailleurs, et dejepnserver à chacun son caractère. Quand cela serait, je ne' saurais que mentir sur la foi d'autrui : me croira- t-on moins que si je m'arrête à la mienne? Car ce que je puis est de composer un tissu de mes conjectures, lequel j'intitulerai : Yie d'Ésope. Quelque vraisemblable que je le rende, on ne s'y assurera pas ; et, fable pour fable, le lecteur préférera toujours celle de Planude à la mienne.
* Moine grec qui vivait au quatorâème siècle.
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LE PHRYGIEiN
Nous n'avons rien d'assuré touchant la naissaiiM d'Homère et d'Ésope : à peine sait>on ce qui leur est arriré de plus remarquable. C'est de quoi il y.a lieu de s'étonner, tu que l'histoire ne rejette pas des choses moins agréables et moins nécessaires que -'^elle-là. T^t de destructeurs de nations, tant de princes sans m^ me ont travTé des g:ens qui nous ont appns jusqu'aui moradrea particularités de leur vie ; et nous ignorons les plus importantes de celles d'Ésope et d*Homère, c'est-à-dire des deux personnages qui ont le mieux mérité des siècles suivants. Car Homère n'est pas seulement le père des dieux, c'est aussi celui des bons poètes. Quant à Ésope, il me semble qu'on le devait mettre au nombre des sages dont la Grèce s'est tant vantée, lui qui enseignait la véritable sagesse, et qui l'enseignait avec bien plus d'art que ceux qui en donnent des définitions et des règles. On a Téritablemeni recueilli les vies de ces deux grands hommes ; mais la plupart des savants les tiennent toutes deux fabuleuses, particulièrement celle que Planude a écrite. Pour moi, je n'ai pas voulu m'engager dans cette critique. Gomme Planude vivait dans un siècle où la mémoire des choses arrivées à Ésope ne devait pas être encore éteinte, j'ai cru qu'il savait par tradition ce qu'il a laissé. Dans cette croyance, je l'ai suivi, sans retrancher de ce qu'il a dit d'Ésope que ce qui m'a semblé trop puéril, ou qui s'écartait en quelque façon de la bienséance.
Ésope était Phrygien, d'un bourg appelé Amorium, 11 naqui vers lai cinquante-septième olympiade, quelque deux cents aa
16 LA VIE D*éSOPt..
après la fondation de Rome. On ne saurait dire s'i( «ut sujet Je remercier la nature, ou bien de se plaindre d'elle ; car eu le douant d'un Irès-bel esprit, elle le fit naître difTorme et laid de visage, ayant à peine figure d'homme, jusqu'à lui refuser presque entièrement l'usage de la parole. Avec ces défauts, quand il n'aurait pas été de condition à être esclave, il ne pouvait manquer de le devenir. Au reste, son âme se maintint toujours libre et indépendante de la fortune.
Le premier maître qu'il eut l'envoya aux champs labourer la terre, soit qu'il le jugeât incapable de toute autre chose, soit pour s'ôler de devant les yeux un objet si désagréable. Or il arriva que ce maître étant allé voir sa maison des champs, un paysan lui donna des figues : il les trouva belles, et les fit serrer fort soigneusement, donnant ordre à son sommelier, nommé Agathopus, de les lui apporter au sortir du bain. Le hasard voulut qu'Ésope eût affaire dans le logis. Aussitôt qu'il y fut entré, Agathopus se servit de l'occasion, et mangea les figues avec quelques-uns de ses camarades : puis ils rejetèrent cette friponnerie sur Ésope, ne croyant pas qu'il se pût jamais justifier, tant il était bègue et paraissait idiot! Les châtiments dont les anciehs usaient envers leurs esclaves étaient fort cruels, et cette faute très- punissable. Le pauvre Ésope se jeta aux pieds de son maître ; et, se faisant entendre du mieux qu'il put, il témoigna qu'il demandait pour toute grâce qu'on sursit de quelques moments sa punition. Cette grâce lui ayant été accordée, il alla quérir de l'eau tiède, la but en présence de son seigneur, se mit les doigts dans la bouche, et ce qui s'ensuit, sans rendre autre chose que cette eau seule. Après s'être ainsi justifié, il fit signe qu'on obligeât les autres d'en faire autant. Chacun demeura surp is : on n'aurait pas cru qu'une telle invention pût partir d'Ésope. Agathopus et ses camarades ne parurent point étonnés. Us burent de l'eau comme le Phrygien avait fait, et se mirent les doigts dans la bouche ; mais ils se gardèrent bien de les avancer trop avant. L'eau ne laissa pas d'agir, et de mettre en évidence les figues toutes crues encore et toutes vermeilles. Par ce moyen Ésope se garantit : ses accusateurs furent punis doublement, pour leur gourmandise et pour leur méchanceté. Le lendemain, après que leur maître fut parti, j et le Phrygien à son travail ordinaire, quelques voyageurs ^arés i (aucuns disent que c'étaient des prêtres de Diane) le prièrent, au l nom de Jupiter hospitalier, qu'il leur enseignât le chemin qui i conduisait à la ville. Ésope les obligea premièrement de se reposer ' â l 'ombre ; puis, leur ayant pré>enté une légère collaiioD, il
wvlut ctre l«ur guide , et ne les quitta qu'après qu'il les eut rerais dans leur chemin. Les bonnes g«ns levèrent les mains au ciel, et prièrent Jupiter de ne pas laisser cette action charitable saBS récompense. A peine Ésope les eut quittés, que le chaud et ■'a lassitude le contraignirent de s'endormir. Pendant son «ommeil, il s'imagina que la Fortune était debout devant lui, qui lui déliait la langue, et par même moyen lui faisait présent de cet art dont on peut dire qu'il est l'auteur. Réjoui de cette aventure, il se réreilla en sursaut ; et en s' éveillant : Qu'est-ce ci ? dit-il : nia voix est devenue libre ; je prononce bien un râteau, une charrue, tout ce que je veux. Cette merveille fut cause qu'il changea de maître. Car, comme un certain Zénas, qui était là en quali^ d'économe et qui avait l'oeil sur les esclaves, en avait battu un outrageusement pour une faute qui ne le méritait pas, Ésope ne put s'empèchër de le reprendre, et le menaça que ses mauvais traitements seraient sus. Zénas, pour le prévenir et pour se venger de lui, alla dire au maître qu'il était arrivé un prodige dans sa maison; qne le Phrygien avait recouvré la parole, mais que le méchant ne s'en servait qu'à blasphémer et à médire de leur seigneur. Le maître le crut, et passa bien plus avant ; car il lui donna Ésope, avec liberté d'en faire ce qu'il voudrait. Zénas de TMour aux ciiimos, un marchand l'alla trouver, et iui demaiu^ ti pour de l'argent il le voulait accommoder de quelque i>ête «tk somme. Non pas cela, dit Zénas ; je n'en ai pas le pouvoir : mai% l'e te vendrai, si tu veux, un de nos esclaves. Là-dessus, ayant foit venir Ésope, le marchand dit : Est-ce afin de te moquer que tu me proposes l'achat de ce personnage? On le prendrait pour une outre. Dès que le marchand eut ainsi parlé, il prit congé d'eux, partie murmurant, partie riant de ce bel objet. Ésope le «•opaïa. tt lui dit : Achète-moi hardiment ; je ne ta serai oas mutile. S* tu as des enfants qui crient et qui soient mécham&, ma laine les fera taire : on les menacera de moi comme de k fyèie. Celte raillerie plut au marchand. 11 acheta notre PhrygieM trois oboles, et dit en riant : Les dieux soient loués ! je n'ai pas fait grande acquisition, à la vérité; aussi n'ai-je pas déboursé grand argent.
Entre autres denrées, ce marchand trafiquait d'esclaves : si bi«n qu'allant à Éphése pour se défaire de ceux qu'il avait, ce que chacun d'eux devait porter pour la commodité du voyage fut déoarti selon leur emploi et selon leurs forces. Ésope pria que l'on eût égard à sa taille; qu'il était nouveau venu, et devait être traité doucement. Tu ne porteras rien, si tu veux, lai repartirent
is LA VIE d'Ésope.
ses camarades. Ésope se piqua d'honneur, el voulut avoir sa charge comme les autres. On le laissa donc choisir. Il prit le panier au pain : c'était le fardeau le plus pesant. Chacun crut qu'il l'avait fait par bêtise : mais dès la dinée le panier fut entamé, et le Phrygien déchargé d'autant ; ainsi le soir, et de même le lendemain : de façon qu'au bout de deux jours il marchait à vide. Le bon sens et le raisonnement du personnage furent admirés.
Quant au marchand, il se défît do tous ses esclaves, à la réserve d'un grammairien, d'un chantre et d'Ésope, lesquels il alla exposer en vente à Samos. Avant que de les mener sur la place, il fit habiller les deux premiers le plus proprement qu'il put, comme chacun farde sa marchandise : Ésope, au contraire, ne fut vêtu que d'un sac, et placé entre ses deux compagnons, afin de leur donner lustre. Quelques acheteurs se présentèrent, entre autres un philosophe appelé Xantus. Il demanda au grammairien et au chantre ce qu'ils savaient faire. Tout, reprirent-ils. Cela fit rire le Phrygien : on peut s'imaginer de quel air. Planude rapporte qu'il s'eu fallut peu qu'on ne prit la fuite, tant il fit une effroyable grimace. Le marchand fit son chantre mille oboles, son grammairien trois mille; et, en cas que Ton achetât l'un des deux, il devait donner Ésope par-dessus le marché. La cherté du grammairien et du chantre dégoûta Xantus. Mais, pour ne pas retourner chez soi sans avoir fait quelque emplette, ses disciples lui conseillèrent d'acheter ce petit bout d'homme qui avait ri de si bonne grâce : on en ferait un épouvantail ; il divertirait les gens par sa
.line. Xantus se laissa persuader, et fit prix d'Ésope à soixante jtioles. Il lui demanda, devant que de l'acheter, à quoi il lui serait propre, comme il l'avait demandé à ses camarades. Ésope répondit : A rien, puisque les deux autres avaient tout retenu pour eux. Les commis de la douane remirent généreusement à Xantus le sou pour livre, et lui en donnèrent quittance sans rien payer.
Xantus avait une femme de goût assez délicat, et à qui toutes iortes de gens ne plaisaient pas : sDûen que de lui aller présenter
érieusement son nouvel esclave, il n'y avait pas d'apparence, i moins qu'il ne la voulût mettre en colère et se faire moquer de
ui. U jugea plus â propos d'en faire un sujet de plaisanterie, et alla dire au logis qu'il venait d'acheter un jeune esclave le plus beau du monde et le mieux fait. Sur cette nouvelle, les filles qui servaient sa femme se pensèrent battre à qui l'aurait pour soa ^•erviteur, mais elles furent bien étonnées quand le personnage parut. L'un« se mit la main devant les yem; l'autre s'enfuit;
l'autre fit un cri. La maitre&se du logis dit que c'était pour la chasser qu'on lui amenait un tel monstre ; qu'il y avait longtemps que le philosophe se lassait d'cJle. De parole en parole, le différend s'échauffa jusqu'à tel point que la femme demanda son bien et voulut se retirer chez ses parents. Xantus fit tant par sa patience, et Ésope par son esprit, que les choses s'accommodèrent. On ne parla plus de s'en aller ; et peut-être que l'accoutumance effaça à la fin une partie de la laideur du nouvel esclave.
Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paraître la vivacité de son esprit ; car, quoiqu'on puisse juger par là de son caractère, elles sont de trop peu de conséquence pour en informer la postérité. Voici seulement un échantillon de son bon sens et de l'ignorance de son maître. Celui-ci alla chez un jardinier se choisir lui-même une salade ; les herbes cueillies, le jardinier le pria de lui satisfaire l'esprit sur une difficulté qui regardait la philosophie aussi bien que le jardinage : c'est que les herbes qu'il plantait et qu'il cultivait avec un grand soin ne profitaient point, tout au contraire de celles que la terre produisait d'ellemême sans culture ni amendement. Xantus rapporta le tout à la Providence, comme on a coutume de faire quand on est court. Éaope se mit à rire; et ayant tiré son maître à part, il lui conseilla de dire à ce jardinier qu'il lui avait fait une réponse aussi générale, parce que la question n'était pas digne de lui : il le laissait donc avec son garçon, qui assurément le satisferait. Xantus s'étant allé promener d'un autre côté du jardin, Ésope compara la terre à une femme qui, ayant des enfants d'un premier mari, en épouserait un second qui aurait aussi des enfants d'une autre femme : sa nouvelle épouse ne manquerait pas de concevoir de l'aversion pour ceux-ci, et leur ôterait la nourriture afin que les siens en profitassent. 11 en était ainsi de la terre, qui n'adoptait qu'avec peine les productions du travail et de la culture, et qui réservait toute sa tendresse et tous ses bienfaits pour les siennes seules ; elle éUit marâtre des unes, et mère passionnée des autres. Le jardinier parut si content de cette raibon, qu'il offrit à Ésop6 tout ce qui était dans son jardin.
Il arriva quelque temps après un grand différend entre le phi« .osophe et sa femme. Le philosophe, étant de festin, mit à part quelques friandises, et dit à Ésope : Va porter ceci à ma bonne amie. Ésope l'alla donner à une petite chienne qui était les délices ie son maître. Xantus, de retour, ne manqua pas de demander des nouvelles de son présent, et si on l'avait trouvé bon. Sa femme M comprenait rien à ce langage; on fit venir Ésope pour l'éclair-
jir. JLantus, qui ne cherchait qu'un prétexte pour le faire battre^ >l^te^landa 5'il oe lui avait pas dit expressément : Va-t'en porter de ma part ces friandises à ma bonne amie. Ésope répondit làdessus que la bonne amie n'était pas la femme, qui, pour la «oindre parole, menaçait de faire un divorce ; c'était la chienne, jui endurait tout, et qui revenait faire caresses après qu'on l'avait 'fattue. Le philosophe demeura ccurt, mais sa femme entra dans une telle colère qu'elle se retira d'avec lui. U n'y eut parent ni ami par qui lantus ne lui fit parler, sans que les raisons ni les prières y gagnassent rien. Ésope s'avisa d'un stratagème. Il acheta force gibier, comme pour une noce considérable, et fit tant qu'il fut rencontré par un des domestiques de sa maîtresse. Celui-ci lui demanda pourquoi tant d'apprêts. Ésope lui dit que son maUre, ne pottvaut obliger sa femme de revenir, en allait épouser une autre. Aussitôt que la dame sut cette nouvelle, >elle retourna chez son mari, par esprit de contradiction ou par jalousie. €e ne fut pas sans la garder bonne à Ésope, qui tous les jours fiiisait de nouvelles pièces à son maltief et tons les jours se sauvait du chà« timent par quelque trait de f i^lilité. U n'était pas possible au philosophe de le confondre.
ITq certain iour de marché, Xantus. uni avaif dessein de réffaler 'TUMquea-iiDS de set am\8, tut commanda d'aciieter oe qa'ii y nuras du meilleur, et rien autre chose, le t'apprendrai, dit en soi-même lA Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans l'en remettre à la discrétion d'un esclave. Il n'acheta donc que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces; l'entrée, le second, l'entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d'abord le choix de ce mets ; à la fin ils s'en dégoûtèrent. Ne t'ai-je pas «commandé, dit Xantus. d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur f j£h } t|u> a^t-ii de meilleur que la langue f rephc Ésope. Cest n lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité Ht de la raison : par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées, on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les dieux. Eh bien 1 dit Xantus (qui prétendait l'attraper), achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi ; et le veux diversifier.
Le lendemain Ésope ne fit encore servir que le même raetSi disant quo la langue est la pire chose qui soit au monde : c'est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la vérité, c'est aussi celui de l'erreur, et, qui pia est, de la ealoomie. Par
LA \IE D ËSOPE. %\
elle on détruit les villes, on persuade de znéchaat«6 cbosM. Si d'un côté elle loue les dieux, de l'autre elle profère des blasphèotes contre leur puissance. Quelqu'un de lu compagnie dit à Xaatu& que véritablement ce valet lui était fort nécessaire; car il savait le mieux du monde exercer la patience d'un philosophe. De quoi vous mettez-vous en peine ? reprit Ésope. Eh ! trouvei^çooi» dit Xantus, un homme qui ne se mette en peine de rien.
Ésope alla le lendemain sur la place; et voyant un paytsan qui regardait toutes choses avec la froideur et l'indifférenic» d'une sUtue, il amena ce paysan au logis. Voilà, dit-il à Xantua, rhomne sams souci que vous demandez. Xanlus commanda à sa (emnus de faire chauffer de l'eau, de la mettre dans un bassin, puis de laver elle-même les pieds de son nouvel hôte. Le paysan la laissa Êiire quoiqu'il sût fort bien qu'il ne méritait pas cet honneur ; mais il disait en lui-même : C'est peut^tre la coutume d'en user ainsi. On .le fit asseoir au haut bout ; il prit sa place sans cérémonie. Pendant le repas, Xantus ne fit autre chose que blâmer son cuisinier ; rien ne lui plaisait : ce qui était doux, il le trouvait trop salé; et ce qui était trop salé, il le trouvait doux. L'homme sani^ souci le laissait dire, et mangeait de toutes ses dents. Au dessert, on mit sur la table un gâteau que la femme du philosophe avait fait : JCantus le trouva mauvais, quoiqu'il fût très-bon. Voilà, dit-il, la pâtisserie la plus méchante que j'aie jamais mangue; il faut brûler l'ouvrière, car elle ne fera de sa vie rien qui vaille : qu'on apporte des £»gots, Attendes* dit le paysan; je m'en vais quérir ma femme : on ne fera qu'un bûcher pour toutes les deux. Ce dernier trait désarçonna le philosophe, et lui ôta l'espérance de jamais attraper le Phrygien.
Qr, ce n'était pas seulemeat avec son maître qu'Ésope trouvait occasion de rire et de dire de bons mots. Xantus l'avait envoyé en certain endroit : il rencontra en chemin le magistrat, qui lui demanda où il allait. Soit qu'Ésope fût distrait, ou pour une autre raison, il répondit qu'il n'en savait rien. Le magistrat, tenant à mépris et irrévérence cette réponse, le fit meiier en prison. Gomme les huissiers le conduisaient : Ne voyez-vous pas, dit-41. que j'ai très-bien répondu? Savais-je qu'on me ferait aller où je vais? Le magistrat le fît relâcher, et trouva Xantus heureux d'avoir un esclave si plein d'esprit.
Xantus, de sa part, voyait par là de quelle iaiportanee il lui était de ne point affranchir Ésope, et combien la possession d'un tel esclave lui faisait d'honneur. Hême un jour, faisant la débailcbe avec ses disciples, Ésope, qui le» servait, vit que Us fumée» leur
^ LA^ VIE d'Ésope.
échauffaient déjà la cervelle, aussi bien au maitre qu'aux écoliers. La débauche de vin, leur dit-il, a trois degrés ; le premier, de olupté; le second, d'itrognerie ; le troisième, de fureur. On se ftoqua de son observation, et on continua de vider les pots. Xanlus s en donna jusqu'à perdre la raison, et à se vanter qu'il boirait la mer. Cela fit rire la compagnie. Xantus soutint ce qu'il avait dit, gagea sa maison qu'il boirait la mer tout entière; et, pour assurance de la gageure, il déposa l'anneau qu'il avait au doigt.
Le jour suivant, que les vapeurs de Bacchus furent dissipées, Aanlus fut extrêmement surpris de ne plus retrouver son anneau, lequel 11 tenait fort cher. Ésope lui dit qu'il était perdu, et ^ue sa maison 1 était aussi par la gageure qu'il avait faite. Voilà le philosophe bien alarmé : il pria Ésope de lui enseigner une défaite. Esope s avisa de celle-ci.
Quand le jour que l'on avait pris pour l'exécution de la gageure tut arrive, tout le pauple de Samos accourut au rivage de la mer pour être témoin de la honte du philosophe. Celui de ses disciples qui avait gagé contre lui triomphait déjà. Xantus dit à l'assemblée : Messieurs, j'ai gagé véritablement que je boirais toute la mer, mais non pas les fleuves qui entrent dedans ; c'est pourquoi, que celui qui a gagé contre moi détourne leurs cours, et puis je ferai ce que je me suis vanté de faire. Chacun admira l'expédient que Xantus avait trouvé pour sortir à son honneur d'un si mauvais pas. Le dibciple confessa qu'il était vaincu, et demanda pardon à son maître. Xantus fut reconduit jusqu'en son logis avec acclamation.
Pour récompense, Ésope lui demanda la liberté. Xantus la lui refusa, et dit que le temps de l'affranchir n'était pas encore venu ; si toutefois les dieux l'ordonnaient ainsi, il y consentait : partant, qu'il prît garde au premier présage qu'il aurait étant sorti du logis ; s'il était heureux, et que, par exemple, deux corneilles se présentassent à sa vue, la liberté lui serait donnée ; s'il n'en voyait qu'une, qu'il ne se lassât point d'être eschive. Ésope sortit aussitôt. Son maître était logé à l'écart, et apparemment vers un lieu couvert de grands arbres. A peine notre Phrygien fut hors, qu'il aperçut deux corneilles qui s'abattirent sur le plus haut. Il en alla avertir son maître, qui voulut voir lui-même s'il disait vrai. Tandis que Xantus venait, l'une des corneilles s'envola. Me Iromperas-tu toujours? dit-il à Ésope • qu'on lui donne les étrivières. L'ordre fut exécuté. Pendant le supplice du pauvre Ésope, on vint inviter Xantus à un reoas • il nromit qu'il s'y trouverait. Hélas I s'écria Ésope, les présages sont bien menteurs! moi. qui
,i vu deux comemes. i« ^^^^^T^lJ^ 'f]S'inlÀ^t qu-une. est prié de «^■^'^^^tr É»'>Pf encore qu*f] 4 j^ commanda qu-on cessât de foueY.„g,er, «» '* lui
il ne se pouvait résoudre à la lui parmi de.,
en diverses occasions. «««s •** - j r les ins,.. '«U>
Un jour ils se promenaient to«^ P'***a„'îl ie '''***»o« ments! considérant avec beaucoup a „„« ^^" V ,"' P«t «„?
y avait mises. Xantus en «P«*^"ei» *=*'*'l,^fL * P''<=a«io^' iuoiq»'.» demeurât longt^nps » « de ff^TesS^,"- le „ était composée des premières le" pas*»»^ l«^L?'^?'- S'" L* sophe avoua ingém^ent q"» ''^Jen de ''^^ '"",?' '"' di,'^ fais trouver un tésor par >« "^°*ota* »»« -''•fiJLi. "'»«'•«« 1 quelle récompense ^^^'^-KÂl V^^'-^^'VLnn^V '•'■* «Ju moitié du trésor. Elles '^'B^^rrenconf^'^"* ."'.f» «ffet.^^i
pas de celte colonne •«>»\/° éfqo« P""- 1 .^cûîa 1 7' ^P trouvèrent après avoir creusé quewi js '' '^""»'"oujour*"
sophe fut sommé de tenir parole . ^ É*ope. que „, „^ ^,1
dieux me gardent de fatfranchir, a ^^^^^^ , ce me sera un*^ *^ donné avant cela rintelligence de f^*„„„9 ".T' r°"-^ »'- j"^ trésbrplus pr^ieux q«S ^^'"'.«mn.e étant 1<« Premières ie„; ici gravées, poursuivit Ésope, c°"""etc. ; <= est-à-d,re : . si ,„
reculez quatre pas °i nue vous c^eu*' j'aurais lort de me défai Puisque tu es si ,',!l repartit «""."ffraoch.sse E moi, ,^ „ de toi : n-espèr' '«'"''''fque Jf \Z„ys; <=»' '=«^t), «ui que*
S apparii* «'énoncera' / ^s le^t^îdé dit au Phrygien qtfu p, „ ,1Te «ignin *•»'. et ce» n»^!ÏÏ^c i»»"li!„t • de q"»' Ésope déclara '^o,rt A6\> ^''t. iroJi>le*°*î^;i dit mo^ ' ^aot été choisies de te f.:'?^'\^^^ÏVgi'Ïu'''"ci lettre^»^, ^t, signifiaient eneo*: l\,(.x.„. «..liffat'»"'.,» trip''l„.
tf^/S /iM ' ,,j V^l VO'*'* ,1 »t-f';% vanneau puM^^^e
24 tA VIE D ÉSOPE.
fut consulté là-dessus, et comme étant philosophe et comme étant un des premiers de la république. Il demanda temps, et eut recours à son oracle ordinaire : c'était Ésope. Celui-ci lui conseilla de 1« IMToduire en public, parce que, s'il rencontrait bien, l'honneur en serait toujours à son maître; sinon, il n'y aurait que l'esclave de Uàmë. Xantus approuva la chose, e^ le fit monter à la tribune aux harangues. Dès qu'on le vit, diacun s'éclata de rire : personne ne s'imagina qu'il pût rien partir de raisonnable d'un homme fait de cette manière. Ésope leur dit qu'il ne fallait pas considérer la ferme du vase, mais la liqueur qui y était enfermée. Les Samiens lui crièrent qu'il dit donc sans crainte ce qu'il jugeait de ce prodige. Ésope s'en excusa sur ce qu'il n'osait le faire. La Fortune, disait-il, avait mis un débat de gloire entre le maître et l'esclave : S) l'esclave disait mal, il serait battu ; s'il disait mieux que le maître, il serait battu encore. Aussitôt on pressa Xantus de l'affranchir. Le philosophe résista longtemps. A la fin, le prévôt de tille le menaça de le faire de son office, et en vertu du pouvoir qu'il en avait comme magistrat ; de façon que le philosophe fut obligé de donner les mains. Cela fait, Ésope dit que les Samiens étaient menacés de servitude par ce prodige ; et que l'aigle enlevant leur sceau ne signifiait autre chose qu'un roi puissant qui voulait les assujettir.
Peu de temps après, Crésus, roi des Lydiens, fit dénoncer à ceux de ;Samos qu'ils eussent à se rendre ses tributaires ; sinon, qu'il les y forcerait par les armes. La plupart étaient d'avis qu'on lui obéît. Ésope leur dit que la Fortune présentait deux chemins aux hommes : l'un de liberté, rude et épineux au commencement, mais dans la suite très-agréable; l'autre d'esclavage, dont les 'commencements étaient plus aisés, mais la suite laborieuse. C'était conseiller assez intelligiblement aux Samiens de défendre leur liberté. Ils renvoyèrent l'ambassadeur de Crésus avec peu de satisfaction.
Crésus se mit en état de les attaquer. L'ambassadeur lui dit que, tant qu'ils auraient Esope avec eux, il aurait peine à les réduire à ses volontés, vu la confiance qu'ils avaient au bon sens du personnage. Crésus le leur envoya demander, avec promesse de 'cur laisser la liberté s'ils le lui livraient. Le» principaux de la ville trouvèrent ces conditions avantageuses, et ne crurent p«s que leur repos leur coûtât trop cher quand ils l'achèteraient aux dépens d'Ésope. Le Phrygien leur fit changer de sentiment en leur contant que les loups et les brebis ayant fait un traité de paix, celles-ci donnèrent leurs chiens pour otages. Quand elles
LA VIE l>'|ÊSOPE.
Q'eureot plus de défenseurs» les loups les étranglôreol avec m de peine qu'ils ne faisaient. Cet apologue fit son effet . les Sam^**' prirent une délibèratioa toute contraire à ceJJe qu'ils ava^*'**' prise, Ésope voulut toutefois aller vers Crésus, et dit qu'il les *^' virait plu» utilement étant près du roi que s'il demeurait à Saia^'"
Quand Crésu» le vit, il s'élonna qu'une si cbétive créalureT*' eût été un »î grand obstacle. Quoi! voilà celui qui fait qu'on s'o * pose à mes volontés ! s'écria-t-il . Ésopo se prosterna à ses pied Un homme prenwt des sauterelles, ait-il ; une cigale lui tomba aussi sous la Da»n. Il s'en allait la tuer comme il avait fait lel sauterelles. Que ^«*s ai^je failî dit-elle à cet homme : je ne range point vos blés; j« ne vous procure aucun dommage ; vous ne trouverez en moi que U voix, dont je mo sers fort innocei^nient" Grand roi, je ressemble à cette cigale : je "'«* fl"® l» toi», «t uê m'en s»is po»»^ *®"* Vomt vqus offenser. Crésus, touehé d'admiration et de pitié, non-seulement lui pstréb&naa, mais il laissa en repos les Saroieias à sa considération.
En ce tea*ps^à le Phrygien composa ses fables, lesquelles il laissa au roi de Lydie, et fut envoyé par lui vers les Samiens oui décernèrent à Esope de grands honneurs. U lu» pcU aussi envie de vovaeer et d'aUer par- le monde, s'entretenant de diverses choses avec ceux que l'on appelait philosophes. Eniin, il se mit en S crédit près de Lycérus, roi de Babylone, Les rois d'alors KnvnvSwt le^ ^ «« autres des problèmes, à résoudre sur, tou^^ ^s de matières, à condition de se payer une espèce de r^h^ ^ "^amende, selon qu'ils répondraient bien ou mal aux , n^.nroposées; en quoi Lycérus, assiste d'Esope, avait touiî^url ravCÇe, et se rendail illustre parmi les autres, .oit ù
résoudre, *^;^„^,Ç^^^J!gien se maria; et. ne pouvant avoir d'^a-
fants, 1 ad^PV^^'^d'îiigratitude, et fut si méchant que d oser souiller Celui-ci le paya .** '"f.j3^r Cela étant venu à la connaissance
les rois qui éta^nt ewuies ae Lyceri». *-J j^ a un de ^^
"e? par la signature de ces le"f ^Jj^^^^l^er de plus gr^,,^: officiers nommé Hermppus que, sans cher ^ ^^^ HeroTr
nronvpT il fit fflourir promplemeot le traître ^ l'ius,, Ç'
r Itin ami du Phrygien, lui sf«^*„^^ sépulcre JusJî^^ ^^
•rôt ^ l'^^enir rendre Lycérus son tributaire. Il osa le provoquer, elle àé^^^ de lui envoyer des-arcliitectes qui sussent bâtir une touT e» ^'air, el, par même moyen, un homme prêt à répondre à \outes sortes de questions. Lycérus ayant lu les lettres et les ayant communiquées aux plus habiles de son État, chacun d'eux demeura court; ce qui fit que le roi regretta Ésope, quand Herraippus lui dit qu'il n'était pas mort et le fit venir. Le Phrygien fut très-bien reçu, se justifia, et pardonna à Ennus. Quant à la lettre du roi d'Egypte, il n'en lit que rire, et manda qu'il enterrait au printemps les architectes et le répondant à toutes sortes de questions. Lycérus remit Ésope en possession de tous ses biens, et lui fil livrer Ennus pour en faire ce qu'il voudrait. Ésope le reçut comme son enfant; et, pour toute punition, lui recommanda d'honorer les dieux et son prince ; se rendre terrible à ses ennemis, facile et commode aux autres*; ^^^^ traiter sa femme, sans pourtant lui confier son seoret ; parler P^^» ^^ chasser de chez soi les babillards ; ne se point laisser abattr® *^ malheur ; avoir soin du lendemain, car il vaut mieux enri^^*^ ^®* ennemis par sa mort que d'être importun à ses amis o^^^^^^ ^^ vivant; surtout n'être point envieux du bonheur n* d« ^* vertu d'autrui, d'autant que c'est se faire du mal à soi m** e t''*""^» touché de ces avertissements el *îe la bonté d'Ésone r!!ri»Vne d'un trait qui lui aurait pénétré le cœur, mourut peu A^ ?lriJp* ^P''®*' ^
Pour revenir au at. 5e^ Necténabo, Ésope choisit des aiglons, et ïes fit in!fniîrp ? K ^ f'%ci\6 ^ <^''«ire) i >1 »es fit, dis-je, instruire à nor jr [^^ ^'l'^ ^* un panier, dans lequel était un jeune enf/n» /■* • î*" ^^^^^^ti il s'en alla en Egypte avec tout cet ^nfûni. Le printemps ve^^' grande admiration et en attente de quipage ; non sans teni^ «ui \\ passait. Neclénabo, qui, sur le "n dessem les peuples cJ»%^^yé l'énigme, fut cxlrêmement surpris «niii de sa mort, avait ^^..-ndait pas, et ne se fût jamais engage «e son arrivée. Il ne s'y ^^ Arn'^ s'il eût cru Ésope vivant. 11 lui ^ans un tel défi contre ï'3''^ ^rchiUctes et le répondant. Ésope dit aemanda s'il avait amené ' -,pie, et qu'il ferait voir les architectes que le répondant était lui-^*^ qq sortit en pleine campagne, où quand il serait sur le li^**; ^Yec les petits enfants, qui criaient les^ aigles enlevèrent les V^^ Aes pierres, et du bois. Vous voyez, qu'on leur donn&t du mort»^*'' • trouvé des ouvriers ; fournissezdit Ésope à Necténabo, je voU* * ^ua que Lycérus était le vainleur des matériaux. Nectéoa^. Ésope : J'ai des cavales en Egypte queur. W proposa toutefois ceci « chevaux qui sont devers Babyqui conçoivent au hennissement^ dessus? Le Phrygien remit sa lone. Qu'avez-vous à répondre **
jyGooQle
LA VIE I>*ÉSOI*E.
^<imam;el,relo«rTi6 «^xi'il iUt. aii logis, ^ft prendre un cYiat. et. A© le mener ^ tçïpUcM, qni adelreï^^ cet. animal, \ ^aiîàaVisés dn traiVeoieïx^ i^fll^rs- Ues mains des enCaïiVa. et ^^^^f^^f^ ^tvir eu sa présence le ^^^^^''^i^î ^Po l^e cet animal est ixn Ae ao» ^*«^!;/- ^J
^ i Lycénis, reprit Ésope j^^^\t qui ch
.^ coq extrêmement <^«^™«^^^' -tut le i
•^ ^T^^*eures. Vous êtes un «^«^^^JT*.,^ ^n si peu d
i>^%^'«-ii possible que ce ctot ait ^ ^^^^^^ reprit
^^ voyage? Et ^^JJ^^^ w'^onuevaixx Henm,
^^^^enls entendent de si loi»
?^^. ->ir les entendre. ^^^Ir A'Héliopolis c
^ WV^n suite de cela, le ^\^}^^^ gestions énigK
P<^ ges d"esprit subtil et f^^^gteo f«t invité. Pen
«t^^s.T«ne ^i»-^fiU':ofI»ts de -«e pa>s.^ »CkC^ question *"**^f- an- ^gs villes. <=«^" êoent; le ?5:«* nt*. les JOV?^' . jo„s ses a,
"UT^ \'"***Sîr-a' q«'""^ ""Ti le prix, et que j'a aoTi:^ l*»" ^iVcérul «-emporte 1» P j„ d,,„„j,, «»^ que l-ï^f/ e? «„ î*^"fe»stent jamais entend Utt^?^ "'°" *S.oies dont Us » ^"* piecténabo confcsss "^^T^ttl ^^- ^" '"^r cldule fut mise entr.
mil î^* * "J^ta & Lycérus. *^\^at»t qu'on 1 ouvrit, les Nft^i^^ **\*Vt,«tc cachetée, ^va» H ^^^^ ^^^ ^ ««1^1^ "f„°t que la chose conten^^^,^, j,^^^^^^^^^ ^ c!» *^ «rirent ^"^^and on 1 «"T^. . je vous en prends
'^^I^ *5trr »o» maure.
28 LA VIP D ÉSOPE.
Le séjour qu'il fit en Egypte esjtpeut-être cause que quelques-wi^ ont écrit qu'il fut esclave avec Bhodopé ; eelle-là qui, des libéralités de ses amants, fit élever une des trois pyramides qui subsistent- encore, et qu'on voit avec admiration : c'est la plus petite, mais celle qui est bftiie avec le plus d'art.
Ésope, à son retour dans Babylone, fut reçu de Lycérus avec de grandes démonstrations de joie et de bienTeillance : ce rot lui fit ériger une statue. L'envie de voir et d'apprendre le fit renoncer à tous ces honneurs. Il quiWa la cour de iVcérus, où il avait tous les avantages qu'on peut souhaiter, et prit congé de ce prince pour voir la Grèce encore une fois. Lycérus ne le laissa point partir sans embrassements et sans larmes, et sans le faire promettre sur les autels qu'il reviendrait achever ses jours auprès de lui.
Entre les villes où il s'arrêta, Delphes fut une des principales. Les Delphiens l'écoutèrent fort volontiers ; mais ils ne lui rendirent point d'honneurs. Ésope, piqué de ce mépris, les compara aux bâtons qui flottent sur l'onde : on s'imagine de loin que c'est quelque chose de considérable; de près, on trouve que ce n'est rien. La comparaison lui coûta cher. Les Delphiens en conçurent une telle haine et un si violent désir de vengeance (outre qu'ils craignaient d'être décriés par lui), qu'ils résolurent de l'ôter du monde. Pour y parvenir, ils cachèrent parmi ses bardes un de leurs vases sacrés, prétendant que par ce moyen ils convaincraient Ésope de vol et de sacrilège, et qu'ils le condamneraient à la mort.
Comme il fut sorti de Delphes, et qu'il eut pris le chemin de la Wiocide, les Delphiens accoururent comme gens qui étaient en peine. Ils l'accusèrent d'avoir dérobé leur vase ; Ésope le nia avec des serments : on chercha dans son équipage, et il fut trouvé. Tout ce qu'Ésope put dire n'emp:*cha point qu'on ne le traitât comme un criminel infâme. Il fut ramené à Delphes, chargé de fers, mis dans des cachots, puis condamné à être précipité. Rien ne lui servit de -se défendre avec ses armes ordinaires, et de raconter des apologues : les Delphiens s'en moquèrent.
La grenouille, leur dit-il, avait invité le rat à la venir roir. Afin de lui faire traverser l'onde, elle l'attacha à son pied. Dès qu'il fut sur l'eau, elle voulut le tirer au fond, dans le dessein de le noyer et d'en faire ensuite un repas. Le malheureux rat résista quelque peu de temps. Pendant qu'il se débattait sur î'eau, un oiseau de proie l'aperçut, fondit &ur lui ; et l'ayant enlevé avec la grenouille, qui ne se put détacher, il se reput de l'un et de l'autre. C^est ainsi, Delphiens abominables, qu'un plus puissant qHe nous me vengera : je périrai ; mais vous périrez aussi.
LA ME U ESOPE. 2î)
Comme on lo cooduisaât au supplice, il trouva moyen de s'échapper et entra dans une petite chapelle dédiée à Apollon. Les Delphiens l'en arrachèrent. Vous violez cet asile, îéur dit-il, parce que ce n'est qu'une petite chapelle ; mais un jour viendra qtie votre méchanceté ne trouvera point de retraite sûre, non pas niêmedans les temples. Il vous arrivera la même chose qu'à l'aigle, laquelle, nonobstant les prières de l'escarbot, enleva un lièvre jui s'était réfugié chez lui : la génération de l'aigle en fut punie jusque dans le giron de Jupiter. Les Delphiens, peu touchés de :ous ces exemples, le précipitèrent.
Peu de temps après sa mort, une peste très-violente exerça sur eux ses ravages. Ils demandèrent à l'orade par quels moyens ils pourraient apaiser le courroux des dieux. L'oracle leur répondit qu'il n'y en avait point d'autre que d'expier leur forfait, et satisfaire aux mftnes d'Ésope. Aussitôt une pyramide fut élevée. Les dieux ne témoignèrent pas seuls combien ce crime leur déplaisait : (es hommes vengèrent aussi la mort de leur sage. La Grèce envoya des commbsaires pour en informer, et en fit une punition hiioureuse.
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