‹ FablesChapitre 59 sur 343 · LE RENARD ET LE BOUC · texte numérisé non relu

LE RENARD ET LE BOUC

Capitaine renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés :

^elui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ; L'autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits :

Là chacun d'eux se désaltère.

Après qu'abondamment tous deux en curent pris, Le venard dit au bouc : Que ferons-nous, compère î

m LIVRE III. FABLE VI.

Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ; Mets-les contre le mur : le long de ton échine

Je grimperai premièrement ;

Puis, sur tes cornes m*élevant

A l'aide de cette machine,

De ce lieu-ci je sortirai,

Après quoi je t'en tirerai.

Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue

Les gens bien sensés comme toi.

Je n'aurais jamais, quant à moi,

Trouvé ce secret, je l'avoue.

Le renard sort du puits, laisse son compagnon,

Et vous lui fait un beau sermon

Pour l'exhorter à patience.

Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence Autant de jugement que de barbe au menton.

Tu n'aurais pas, à la légère.

Descendu dans ce puits. Or, adieu ; j'en suis hors : Tâche de t'en tirer et fais tous tes efforts ; Car, pour moi, j'ai certaine af&ire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.

En toute chose il £aiut considérer la fin.

Page 1