LE RENARD ET LE BOUC
Capitaine renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés :
^elui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ; L'autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits :
Là chacun d'eux se désaltère.
Après qu'abondamment tous deux en curent pris, Le venard dit au bouc : Que ferons-nous, compère î
m LIVRE III. FABLE VI.
Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ; Mets-les contre le mur : le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis, sur tes cornes m*élevant
A l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t'en tirerai.
Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n'aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l'avoue.
Le renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l'exhorter à patience.
Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence Autant de jugement que de barbe au menton.
Tu n'aurais pas, à la légère.
Descendu dans ce puits. Or, adieu ; j'en suis hors : Tâche de t'en tirer et fais tous tes efforts ; Car, pour moi, j'ai certaine af&ire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.
En toute chose il £aiut considérer la fin.