‹ FablesChapitre 61 sur 343 · LIVRE III. FABLE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III. FABLE VI

C'est pour déraciner le chêne assurément Et de nos nourrissons attirer la ruine :

L'arbre tombant, ils seront dévorés :

Qu'ils s'en tiennent pour assures.

S'il m'en restait un seul, j'adoucirais ma plainte. Au partir de ce lieu qu'elle remplit àe cramte,

La perfide descend tout droit A l'endroit

Où la laie était en gésine ' .

Ma bonne amie et ma voisine, Lui dit-elle tout Las, je vous donne un avis • L'aigle, si vous sortez, fondra sur vos petits.

Obligez-moi de n*en rien dire ;

Son courroux tomberait sur moi.

Dans cette autre famille ayant semé l'effroi,

La chatte en son trou se retire.

L'aigle n'ose sortir, ni pourvoir aux besoins

De ses petits ; la laie encore moins :

Sottes de ne pas voir (jue le plus grand des soins (]e doit être celui d'éviter la famine.

:V demeurer chez soi l'une et l'aitre s'obstine, Pour secourir les siens dedans l'occasion :

L'oiseau-royal, en cas de mine ;

La laie, en cas d'iiTuption La faim détruisit tout ; il ne resta personne De la gent marcassine et de la gent aiglonne

Qui n'allât de vie à trépas :

Grand renfort pour messieurs les chats.

Que ne sait point ourdir une langue traîtresse

Par sa pernicieuse adresse ! '•

Des malheurs qui sont sortis

De la boite de Pandore, Celui qu'à meilleur droit tout l'univers abhorre,

C'est la fourbe, à mon avis.

* Venait de meHre bas sca pctils.

L'iVROaNE CT SA FEMME

Chacun a son défaut où toujours il revient :

Honte ni peur n'y remédie.

Sur ce propos, d'un conte il me souvient :

Je ne dis rien que je n*appuie Je quelque exemple. — Un suppôt de Bacchus Altérait sa santé, son esprit et sa bourse :

Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course

Qu'ils sont au bout de leurs écus.

Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille, Avait laissé ses sens au fond d'une bouteille. Sa femme l'enferma dans un certain tombeau.

Là, les vapeurs du vin nouveau Cuvèrent à loisir. A son réveil il trouve L'attirail de la mort à l'entour de son corps.

Un luminaire, un drap des morts.

Oh ! dit-il, qu'est ceci ? Ma femme est-elle veuve ? Là-dessus son épouse, en habit d'Aleclon ', « L'une des Turies.

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Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton, Vient au prétendu mort, approche |le sa bière, Lui présente un chaudeaa * ^opre pour Lucifer. L'époux alors ne doute en aucune manièi^c

Qu'il ne soit citoyen d*enfer.

Quelle personne es-tu ? dit-il à ce faolôine.

La ccUerière du royaume De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger

À ceux qu'enclôt la tombe nmre.

Le mari repart, sans songer :

Tu ne leur portes point k boire ?

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