‹ Fables (volume 2)Chapitre 127 sur 136 · LE LINOT · texte numérisé non relu

LE LINOT

Une linotte avoit un fils Qu'elle adoroit selon l'usage ; C'étoit l'unique fruit du plus doux mariage Et le plus beau linot qui fût dans le pays.

2o6 APPENDICE

Sa mère en étoit folle, et tous les témoignages Que peuvent inventer la tendresse et l'amour Étoient pour cet enfant épuisés chaque jour. Notre jeune linot, fier de ces avantages, Se crojoit un phénix, prenoit l'air suffisant, Tranchoit du petit important Avec les oiseaux de son âge, Persiflait la mésange ou bien le roitelet,

Donnoit à chacun son paquet, Et se faisoit haïr de tout le voisinage. Sa mère lui disoit : « Mon cher fils, sois plus sage, Plus modeste surtout. Hélas ! je conçois bien Les dons, les qualités, qui furent ton partage;

Mais feignons de n'en savoir rien

Pour qu'on les aime davantage. »

A tout cela notre linot

Répondoit par quelque bon mot.

La mère en gémissoit dans le fond de son âme.

Un vieux merle, ami de la dame.

Lui dit : « Laissez aller votre fils au grand bois;

Je vous réponds qu'avant un mois Il sera sans défauts. » Vous jugez des alarmes De la mère, qui pleure et frémit du danger ; Mais le jeune linot brûloit de voyager:

Il partit donc malgré ses larmes.

A peine est-il dans la forêt

Que notre petit personnage

Du pivert entend le ramage

APPENDICE ao7

Et se moque de son fausset.

Le pivert, qui prit mal cette plaisanterie, Vient à bons coups de bec plumer le persifleur,

Et, deux jours après, une pie Le dégoûie à jamais du métier de railleur. Il lui restoit encor la vanité secrète

De se croire excellent chanteur ;

Le rossis^nol et la fauvette

Le guérirent de son erreur.

Bref, il retourna chez sa mère

Doux, poli, modeste et charmant.

Ainsi l'adversité fit dans un seul moment Ce que tant de leçons n^avoient jamais pu faire.

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