‹ Fables (volume 2)Chapitre 128 sur 136 · LE PERROQUET CONFIANT · texte numérisé non relu

LE PERROQUET CONFIANT

« Cela ne sera rien, disent certaines gens

Lorsque la tempête est prochaine ; Pourquoi nous affliger avant que le mal vienne ? » Pourquoi? Pour l'éviter, s'il en est encor temps.

Un capitaine de navire,

Fort brave homme, mais peu prudent,

Se mit en mer malgré le vent.

2o8 APPENDICE

Le pilote avoit beau lui dire

Qu'il risquoit sa vie et son bien,

Notre homme ne faisoit qu'en rire, Et répétoit toujours : Cela ne sera rien.

Un perroquet de l'équipage,

A force d'entendre ces mots, Les retint et les dit pendant tout le voyage. Le navire égaré voguoit au gré des flots,

Quand un calme plat vous l'arrête.

Les vivres tiroient à leur fin ; Point de terre voisine, et bientôt plus de pain. Chacun des passagers s'attriste, s'inquiète ;

Notre capitaine se tait.

Cela ne sera rien, crioit le perroquet. Le calme continue ; on vit vaille que vaille;

Il ne reste plus de volaille :

On mange les oiseaux, triste et dernier moyen ! Perruches, cardinaux, catacois, tout y passe :

Le perroquet, la tête basse, Disoit plus doucement : Cela ne sera rien. Il pouvoit encor fuir, sa cage étoit trouée ; Il attendit, il fut étranglé bel et bien; Et, mourant, il crioit d'une voix enrouée : Cela... cela ne sera rien.

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