FABLE ADRESSÉE
A Madame la duchesse d'Orléans et à Monseigneur le prince Henri qui avaient fait à Fauteur l'honneur de venir déjeuner chez lui.
La Gloire, lasse de travaux.
Se mit à voyager. Sa suite étoit brillante :
C'étoient des guerriers, des héros,
Qui partout semoient l'épouvante; On encensoit la Gloire en mourant de frayeur.
Elle étoit pourtant bonne femme,
Aimable et fîère avec douceur.
Bientôt sur son chemin elle trouve une dame
2i8 APPENDICE
Grande, noble, modeste et simple en ses habits; La candeur se peignoit sur son front sans nuage,
L'aménité sur son visage,
Et la bonté dans son souris.
A sa suite quelques amis.
Peu nombreux, mais bien sûrs, formoient sa cour fidèle L'air qu'elle respiroit en devenoit plus pur. A peine de ses yeux la Gloire a vu l'azur Qu'elle court à ses pieds. «Je vous cherche, dit-elle
De mes jours voici le plus beau.
Je vous suivrai partout, un sentiment nouveau M'avertit que vous seule êtes le bien suprême. J'ai triomphé souvent ; c'est un triste plaisir :
Je trouve plus doux de servir
L'objet qu'on révère et qu'on aime. »
Elle dit. La Vertu la traite comme sœur.
Ensemble elles font le voyage.
Toutes deux y gagnoient : la Gloire, le bonheur;
La Vertu, son plus digne hommage.
Ce matin dans mon ermitage J'ai reçu ce couple enchanteur.