‹ Fables (volume 2)Chapitre 28 sur 136 · LA FABLE ET LA VERITE · texte numérisé non relu

LA FABLE ET LA VERITE

LA Vérité toute nue Sortit un jour de son puits.

Ses attraits par le temps étoient un peu détruits,

Jeune et vieux fuyoient à sa vue.

La pauvre Vérité restoit là morfondue, Sans trouver un asile où pouvoir habiter. A ses yeux vient se présenter La Fable richement vêtue, Portant plumes et diamants,

3o LIVRE PREMIER

La plupart faux, mais très brillants.

« Eh! vous voilà! bonjour, dit-elle; Que faites-vous ici seule sur un chemin? » La Vérité répond : « Vous le voyez, je gèle;

Aux passants je demande en vain

De me donner une retraite; Je leur fais peur à tous. Hélas ! je le vois bien,

Vieille femme n'obtient plus rien.

— Vous êtes pourtant ma cadette,

Dit la Fable, et, sans vanité,

Partout je suis fort bien reçue.

Mais aussi, dame Vérité,

Pourquoi vous montrer toute nue?

Cela n'est pas adroit. Tenez, arrangeons-nous.

Qu'un même intérêt nous rassemble :

Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.

Chez le sage, à cause de vous.

Je ne serai point rebutée;

A cause de moi, chez les fous

Vous ne serez point maltraitée.

Servant par ce moyen chacun selon son goût. Grâce à votre raison et grâce à ma folie,

Vous verrez, ma sœur, que partout

Nous passerons de compagnie. »

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