‹ Fables (volume 2)Chapitre 41 sur 136 · LE CHATEAU DE CARTES · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE CARTES

Un bon mari, sa femme et deux jolis enfants Couloient en paix leurs jours dans le simple ermitage Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parents. Ces époux, partageant les doux soins du ménage, Cultivoient leur jardin, recueilloient leurs moissons; Et le soir, dans l'été, soupant sous le feuillage.

Dans l'hiver, devant leurs tisons.

Ils prêchoient à leurs fils la vertu, la sagesse. Leur parloient du bonheur qu'ils procurent toujours. Le père par un conte éga^oit ses discours,

Fables de Florian. 7

5o LIVRE PREMIER

La mère par une caresse.

L'aîné de ces enfants, né grave, studieux,

Lisoit et méditoit sans cesse ; Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse, Sautoit, rioit toujours, ne se plaisoit qu'aux jeux. Un soir, selon l'usage, à côté de leur père. Assis près d'une table où s'appuyoit la mère, L'aîné lisoit Rollin; le cadet, peu soigneux D'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes, Employoit tout son art, toutes ses facultés, A joindre, à soutenir parles quatre côtés

Un fragile château de cartes.

Il n'en respiroit pas d'attention, de peur.

Tout à coup voici le lecteur Qui s'interrompt. « Papa, dit-il, daigne m'instruire Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants,

Et d'autres fondateurs d'empire ;

Ces deux noms sont-ils différents ? »

Le père méditoit une réponse sage.

Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir. Après tant de travail, d'avoir pu parvenir

A placer son second étage.

S'écrie : « Il est fini ! » Son frère murmurant Se fâche, et d'un seul coup détruit son long ouvrage;

Et voilà le cadet pleurant.

« Mon fils, répond alors le père,

Le fondateur c'est votre frère.

Et vous êtes le conquérant. »

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