‹ Fables (volume 2)Chapitre 54 sur 136 · LES DEUX CHATS · texte numérisé non relu

LES DEUX CHATS

Deux chats qui descendoient du fameux Rodilard, Et dignes tous les deux de leur noble origine, Ditféroient d'embonpoint. L'un étoit gras à lard;

C'étoit l'aîné : sous son hermine,

D'un chanoine il avoit la mine, Tant il étoit dodu, potelé, frais et beau.

Le cadet n'avoit que la peau

Collée à sa tranchante échine.

Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir.

De la cave à la gouttière

Trottoit, couroit, il falloit voir!

Sans en faire meilleure chère.

Enfin, un jour, au désespoir.

Il tint ce discours à son frère :

« Explique-moi par quel moyen.

Passant ta vie à ne rien faire, Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,

Et moi si mal. — La chose est claire. Lui répondit l'aîné : tu cours tout le logis Pour manger rarement quelque maigre souris... — N'est-ce pas mon devoir? — D'accord, cela peut être;

Mais moi, je reste auprès du maître,

Je sais l'amuser par mes tours.

Admis à ses repas, sans qu'il me réprimande, Je prends de bons morceaux, et puis je les demande

En faisant patte de velours;

Tandis que toi, pauvre imbécile,

Tu ne sais rien que le servir.

Va, le secret de réussir,

C'est d'être adroit, non d'être utile. »

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