‹ Fables (volume 2)Chapitre 53 sur 136 · LE TROUPEAU DE COLAS · texte numérisé non relu

LE TROUPEAU DE COLAS

Dès la pointe du jour, sortant de son hameau. Colas, jeune pasteur d'un assez beau troupeau.

Le conduisoit au pâturage.

Sur sa route, il trouve un ruisseau Que, la nuit précédente, un effroyable orage Avoit rendu torrent; comment passer cette eau? Chien, brebis et berger, tout s'arrête au rivage. En faisant un circuit Ton eût gagné le pont; C'étoit bien le plus sûr, mais c'étoit le plus long. Colas veut abréger. D'abord il considère

Qu'il peut franchir cette rivière;

Et, comme ses béliers sont forts.

Il conclut que, sans grands efforts,

Le troupeau sautera. Cela dit, il s'élance;

Son chien saute après lui; béliers d'entrer en danse

A qui mieux mieux : courage, allons!

Après les béliers, les moutons ; Tout est en l'air, tout saute; et Colas les excite

En s'applaudissant du moyen.

Les béliers, les moutons, sautèrent assez bien;

Mais les brebis vinrent ensuite, Les agneaux, les vieillards, les foibles, les peureux,

Les mutins, corps toujours nombreux.

Qui refusoient le saut ou sautoient de colère.

Et, soit foiblesse, soit dépit,

Se laissoient choir dans la rivière.

Il s'en noya le quart; un autre quart s'enfuit,

Et sous la dent du loup périt.

Colas, réduit à la misère, S'aperçut, mais trop tard, que pour un bon pasteur

Le plus court n'est pas le meilleur.

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