‹ Fables (volume 2)Chapitre 57 sur 136 · LE BOUVREUIL ET LE CORBEAU · texte numérisé non relu

LE BOUVREUIL ET LE CORBEAU

Un bouvreuil, un corbeau, chacun dans une cage,

Habitoient le même logis.

L'un enchantoit par son ramage La femme, le mari, les gens, tout le ménage; L'autre les fatiguoit sans cesse de ses cris; Il demandoit du pain, du rôti, du fromage,

Qu'on se pressoit de lui porter

Afin qu'il voulût bien se taire.

Le timide bouvreuil ne faisoit que chanter, Et ne demandoit rien : aussi, pour l'ordinaire,

On l'oublioit; le pauvre oiseau

Manquoit souvent de grain et d'eau.

Ceux qui louoient le plus de son chant l'harmonie

N'auroient pas fait le moindre pas

Pour voir si l'auge étoit remplie.

Ils l'aimoient bien pourtant, mais ils n'y pensoient pas.

Un jour on le trouva mort de faim dans sa cage. « Ali ! quel malheur ! dit-on : las ! il chantoit si bien ! De quoi donc est-il mort ? Certes, c'estgranddommage. » Le corbeau crie encore, et ne manque de rien.

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