‹ Fables (volume 2)Chapitre 59 sur 136 · L'ÉLÉPHANT BLANC · texte numérisé non relu

L'ÉLÉPHANT BLANC

Dans certains pays de l'Asie

On révère les éléphants,

Surtout les blancs.

Un palais est leur écurie,

On les sert dans des vases d'or; Tout homme à leur aspect s'incline vers la terre.

Et les peuples se font la guerre

Pour s'enlever ce beau trésor.

Un de ces éléphants, grand penseur, bonne tête, Voulut savoir un jour d'un de ses conducteurs

Ce qui lui valoit tant d'honneurs, Puisqu'aufond, comme un autre, iln'étoit qu'une bête. « Ah! répond le cornac, c'est trop d'humilité;

L'on connoît votre dignité, Et toute l'Inde sait qu'au sortir de la vie

8o LIVRE DEUXIÈME

Les âmes des héros qu'a chéris la patrie S'en vont habiter quelque temps Dans les corps des éléphants blancs.

Nos talapoins l'ont dit, ainsi la chose est sûre. — Quoi ! vous nous croyez des héros ?

— Sans doute. — Et sans cela nous serions en repos. Jouissant dans les bois des biens de la nature ?

— Oui, Seigneur. — Mon ami, laisse-moi donc partir ;

Car on t'a trompé, je t'assure;

Et, si tu veux y réfléchir.

Tu verras bientôt l'imposture :

Nous sommes fiers et caressants;

Modérés quoique tout-puissants;

On ne nous voit point faire injure A plus foible que nous; l'amour dans notre cœur

Reçoit des lois de la pudeur;

Malgré la faveur où nous sommes, Les honneurs n'ont jamais altéré nos vertus :

Quelles preuves faut-il de plus ?

Comment nous crojez-vous des hommes ? »

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