‹ Fables (volume 2)Chapitre 65 sur 136 · LA JEUNE POULE ET LE VIEUX RENARD · texte numérisé non relu

LA JEUNE POULE ET LE VIEUX RENARD

Une poulette jeune et sans expérience,

En trottant, cloquetant, grattant, ' Se trouva, je ne sais comment,

Fort loin du poulailler berceau de son enfance.

Elle s'en aperçut qu'il étoit déjà tard ;

Comme elle y retournoit, voici qu'un vieux renard

A ses yeux troublés se présente.

La pauvre poulette tremblante

Recommanda son âme à Dieu.

Mais le renard, s'approchant d'elle,

Lui dit : « Hélas ! Mademoiselle,

Votre frayeur m'étonne peu ;

C'est la faute de mes confrères, Gens de sac et de corde, infâmes ravisseurs

Dont les appétits sanguinaires

Ont rempli la terre d'horreurs.

Je ne puis les changer; mais du moins je travaille

A préserver par mes conseils

L'innocente et foible volaille

Des attentats de mes pareils.

Je ne me trouve heureux qu'en me rendant utile ; Et j'allois de ce pas jusque dans votre asile Pour avertir vos sœurs qu'il court un mauvais bruit : C'est qu'un certain renard, méchant autant qu'habile,

Doit vous attaquer cette nuit.

Je viens veiller pour vous. » La crédule innocente Vers le poulailler le conduit.

A peine est-il dans ce réduit Qu'il tue, étrangle, égorge, et sa griffe sanglante Entasse les mourants sur la terre étendus Comme fit Diomède au quartier de Rhésus.

Il croqua tout, grandes, petites.

Coqs, poulets et chapons; tout périt sous ses dents.

La pire espèce de méchants Est celle des vieux hypocrites.

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