LE ROSSIGNOL ET LE PAON
L'aimable et tendre Philomèle, Voyant commencer les beaux jours, Racontoit à l'écho fidèle Et ses malheurs et ses amours.
Le plus beau paon du voisinage, Maître et sultan de ce canton.
Elevant la tête et le ton.
Vint interrompre son ramage.
« C'est bien à toi, chantre ennuyeux, Avec un si triste plumage, Et ce long bec, et ces gros yeux, De vouloir charmer ce bocage !
« A la beauté seule il va bien D'oser célébrer la tendresse ; De quel droit chantes-tu sans cesse?
Moi qui suis beau, je ne dis rien.
— Pardon, répondit Philomèle :
Il est vrai, je ne suis pas belle ; Et, si je chante dans ce bois.
Je n'ai de titre que ma voix.
u Mais vous, dont la noble arrogance M'ordonne de parler plus ba?.
Vous vous taisez par impuissance, Et n'avez que vos seuls appas.
« Ils doivent éblouir sans doute :
Est-ce assez pour se faire aimer ?
Allez, puisque Amour n'y voit goutte, C'est l'oreille qu'il faut charmer. »