‹ Fables (volume 2)Chapitre 70 sur 136 · LE ROSSIGNOL ET LE PAON · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL ET LE PAON

L'aimable et tendre Philomèle, Voyant commencer les beaux jours, Racontoit à l'écho fidèle Et ses malheurs et ses amours.

Le plus beau paon du voisinage, Maître et sultan de ce canton.

Elevant la tête et le ton.

Vint interrompre son ramage.

« C'est bien à toi, chantre ennuyeux, Avec un si triste plumage, Et ce long bec, et ces gros yeux, De vouloir charmer ce bocage !

« A la beauté seule il va bien D'oser célébrer la tendresse ; De quel droit chantes-tu sans cesse?

Moi qui suis beau, je ne dis rien.

— Pardon, répondit Philomèle :

Il est vrai, je ne suis pas belle ; Et, si je chante dans ce bois.

Je n'ai de titre que ma voix.

u Mais vous, dont la noble arrogance M'ordonne de parler plus ba?.

Vous vous taisez par impuissance, Et n'avez que vos seuls appas.

« Ils doivent éblouir sans doute :

Est-ce assez pour se faire aimer ?

Allez, puisque Amour n'y voit goutte, C'est l'oreille qu'il faut charmer. »

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