‹ Fables (volume 2)Chapitre 90 sur 136 · LE PACHA ET LE DERVIS · texte numérisé non relu

LE PACHA ET LE DERVIS

Un Arabe, à Marseille, autrefois m'a conté Qu'un pacha turc dans sa patrie

Vint porter certain jour un coffret cacheté

Au plus sage dervis qui fût en Arabie.

<.( Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis, Des diamants d'un très grand prix.

C'est un présent que je veux faire A l'homme que tu jugeras Être le plus fou de la terre.

Cherche bien, tu le trouveras. »

Muni de son cotîret, notre bon solitaire

S'en va courir le monde. Avoit-il donc besoin

D'aller loin ?

L'embarras de choisir étoit sa grande alîaire. Des fous toujours plus fous venoient de toutes parts

Se présenter à ses regards.

Notre pauvre dépositaire Pour l'offrir à chacun saisissoit le coffret;

Mais un pressentiment secret

Lui conseilloit de n'en rien faire,

L'assuroit qu'il trouveroit mieux.

Errant ainsi de lieux en lieux,

Embarrassé de son message,

Enfin, après un long voyage.

Notre homme et le coffret arrivent un matin

Dans la ville de Constantin.

Il trouve tout le peuple en joie :

« Que s'est-il donc passé ? — Rien, lui dit un iman. C'est notre grand vizir que le sultan envoie,

Au moyen d'un lacet de soie.

Porter au Prophète un firman. Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires;

Et, comme ce sont des misères.

Notre empereur souvent lui donne ce plaisir. — Souvent? — Oui. — C'est fortbien. Votre nouveau vizir Est-il nommé? — Sans doute, et le voilà qui passe. » Le dervis, à ces mots, court, traverse la place, Arrive, et reconnoît le pacha son ami.

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« Bon, te voilà ! dit celui-ci; Et le coffret ? — Seigneur, j'ai parcouru l'Asie : J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir.

Aujourd'hui ma course est finie;

Daignez l'accepter, grand vizir. »

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