LA FAUVETTE ET LE ROSSIGNOL
Une fauvette dont la voix Enchantoit les échos par sa douceur extrême Espéra surpasser le rossignol lui-même,
i52 LIVRE (QUATRIÈME
Et lui fit un défi. L'on choisit dans le bois
Un lieu propre au combat : les juges se placèrent ;
C'étoient le linot, le serin,
Le rouge-gorge et le tarin. Tous les autres oiseaux derrière eux se perchèrent. Deux vieux chardonnerets et deux jeunes pinsons Furent gardes du camp; le merle étoit trompette; Il donne le signal. Aussitôt la fauvette
Fait entendre les plus doux sons ;
Avec adresse elle varie De ses accents filés la touchante harmonie Et ravit tous les cœurs par ses tendres chansons. L'assemblée applaudit. Bientôt on fait silence ;
Alors le rossignol commence :
Trois accords purs^ égaux, brillants.
Que termine une juste et parfaite cadence,
Sont le prélude de ses chants.
Ensuite son gosier flexible.
Parcourant sans effort tous les tons de sa voix, Tantôt vif et pressé, tantôt lent et sensible,
Etonne et ravit à la fois.
Les juges cependant demeuroient en balance ; Le linot, le serin, de la fauvette amis,
Ne vouloient point donner de prix; Les autres disputoient. L'assemblée en silence
Écoutoit leurs doctes avis, Lorsqu'un geai s'écria : « Victoire à la fauvette ! »
Ce mot décida sa défaite :
Pour le rossignol aussitôt L'aréopage ailé tout d'une voix s'explique.
Ainsi le suffrage d'un sot
Fait plus de mal que sa critique.