‹ Fables (volume 2)Chapitre 97 sur 136 · LE PHILOSOPHE ET LE CHAT-HUANT · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE ET LE CHAT-HUANT

Persécuté, proscrit, chassé de son asile. Pour avoir appelé les choses par leur nom. Un pauvre philosophe erroit de ville en ville. Emportant avec lui tous ses biens, sa raison. Un jour qu'il méditoit sur le fruit de ses veilles, C'étoit dans un grand bois, il voit un chat-huant

Entouré de geais, de corneilles.

Qui le harceloient en criant :

« C'est un coquin, c'est un impie.

Un ennemi de la patrie; Il faut le plumer vif : oui, oui, plumons, plumons,

Ensuite nous le jugerons. »

Et tous fondoient sur lui. La malheureuse bête, Tournant et retournant sa bonne et grosse tête, Leur disoit, mais en vain, d'excellentes raisons.

i54 LIVRE (QUATRIÈME

Touché de son malheur, car la philosophie

Nous rend plus doux et plus humains, Noire sage fait fuir la cohorte ennemie, Puis dit au chat-huant : « Pourquoi ces assassins

En vouloient-ils à votre vie?

Que leur avez-vous fait? » L'oiseau lui répondit : « Rien du tout; mon seul crime est d'y voir clair la nuit.»

Page 1