‹ Fables (volume 2)Chapitre 98 sur 136 · LE PROCÈS DES DEUX RENARDS · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DES DEUX RENARDS

Que je hais cet art de pédant,

Cette logique captieuse, Qui d'une chose claire en fait une douteuse. D'un principe erroné tire subtilement

Une conséquence trompeuse.

Et raisonne en déraisonnant !

Les Grecs ont inventé cette belle manière. Ils ont fait plus de mal qu'ils ne croyoient en faire. Que Dieu leur donne paix! Il s'agit d'un renard, Grand argumentateur, célèbre babillard.

Et qui montroit la rhétorique.

Il tenoit école publique,

Avoit des écoliers qui payoient en poulets. Un d'eux, qu'on destinoit à plaider au palais, Devoit payer son maître à la première cause

Qu'il gagneroit : ainsi la chose Avoit été réglée et d'une et d'autre part. Son cours étant fini, mon écolier renard

Intente un procès à son maître.

Disant qu'il ne doit rien. Devant le léopard

Tous les deux s'en vont comparaître.

« Monseigneur, disoit l'écolier, Si je gagne, c'est clair, je ne dois rien payer;

Si je perds, nulle est sa créance :

Car il convient que l'échéance

N'en devoit arriver qu'après

Le gain de mon premier procès; Or, ce procès perdu, je suis quitte, je pense :

Mon dilemme est certain. — Nenni,

Répondoit aussitôt le maître :

Si vous perdez, payez; la loi l'ordonne ainsi.

Si vous gagnez, sans plus remettre,

Payez: car vous avez signé Promesse de payer au premier plaid gagné. Vous y voilà. Je crois l'argument sans réponse. » Chacun attend alors que le juge prononce;

Et l'auditoire s'étonnoit

Qu'il n'y jetât pas son bonnet.

Le léopard rêveur prit enfin la parole. « Hors de cour, leur dit-il : défense à l'écolier

56 LIVRE QJJATRIÈME

De continuer son métier, Au maître de tenir école, w

Page 1